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Dans le peloton : « j’ai appris des gros mots dans différentes langues » !

Dans le peloton, il y a deux moments à distinguer. Les moments de calmes et les moments où la course prend forme, s’accélèrent. Pendant les moments calmes, tout le monde se dit bonjour, les coureurs en oublient presque qu’ils sont en compétition. Sur leurs vélos, ils échangent, ils discutent et ils rient. « Quand on navigue dans le peloton, on trouve toujours quelqu’un à qui parler, se souvient Yannick Talabardon qui a couru le tour de France en 2011. Pas forcément de vélo. De tout, de rien, de la vie privée. » Le peloton peut aussi être l’occasion, aussi surprenant soit-il, de faire des rencontres. « On a le temps de discuter, de sympathiser avec d’autres cyclistes, raconte Yannick. Je me souviens pendant le Tour de Turquie, j’avais rencontré et discuté trois quarts d’heure avec Warren Barguil. C’est le côté sympa du peloton ».

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Et puis vient le moment où la course prend le dessus. Le rythme s’accélère, la cadence augmente. Plus rapides, plus serrés, plus stressés, la tension est palpable. Plus question de papillonner pour les cyclistes. Les équipes se recomposent. Yannick explique : « il faut essayer de rester toujours en équipe, autour des leaders. C’est super compliqué d’être entourés et de rester soudés quand ça joue des coudes ».

L’objectif pour tous les cyclistes : être devant. Un gage de sécurité afin d’éviter les chutes qui arrivent plus fréquemment à l’arrière du peloton, surtout dans les zones étroites. Ces moments de bagarre sont aussi l’occasion pour les cyclistes de perfectionner l’apprentissage de langues étrangères : « dans ces moments-là, ça s’insulte pas mal, sourit Yannick. J’ai pu apprendre différents gros mots dans différentes langues comme l’italien, le russe ou le flamand. »

En plus de faire attention à leur place, les cyclistes sont conscients des coureurs qui gravitent autour d’eux. « Quand il y a des gros leaders à côté, tu fais attention. Quand il y a Froome ou Contador, tu les laisses passer si tu estimes que ce n’est pas un moment crucial de ta course. » Ainsi, Yannick se rappelle de son premier Dauphiné Libéré en 2003 : « C’était l’époque Armstrong. Tout le monde le craignait. J’étais à côté de lui. A cause d’un bidon roulant sur la chaussée il a chuté. J’en suis venu à me demander si c’était de ma faute. J’en tremblais. Il s’est avéré que je n’y étais pour rien. Si il était tombé à cause de moi, ça aurait été le drame, un incident qui aurait pu ruiner ma carrière. Il faut toujours faire attention aux mecs qui jouent la gagne.

Le Tour de France est avant tout une aventure sportive. Mais derrière le caractère sportif, se cache une aventure humaine pour tous les cyclistes qui prennent le départ. Pendant trois semaines, il y a une vraie vie dans le peloton à la fois si proche et si loin des caméras.

Méryll Boulangeat

 

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TDF : « On doit aimer la souffrance » Le carnet de route de Cyril Lemoine : #épisode 5

Cyril Lemoine est cycliste professionnel depuis 2003. Il participe à son quatrième Tour de France avec l’équipe Cofidis. Pendant les trois semaines que dure l’événement, Cyril nous fait partager SON Tour de France. L’occasion de découvrir la grande boucle d’un angle différent à travers un coureur sympathique et disponible.

Lundi 14 juillet, dixième étape

« Voilà deux jours que le maillot de meilleur grimpeur a quitté mes épaules. Je savais que ça allait être difficile de le garder car je n’ai pas un profil de grimpeur mais il y a quand même une petite part de déception. Je commençais à m’y habituer à ces pois !!! Le côté positif c’est que je suis moins sollicité le soir, ce qui me laisse plus de temps pour récupérer.

Il me restera de nombreux souvenirs de ces six jours passés sous les couleurs rouges et blanches. Chaque jour j’ai reçu un nouveau maillot protocolaire, j’en ai donc six. Et pour la course, c’est pareil, j’avais le droit à mon lot de maillot à pois : un maillot classique, une chasuble à manches courtes à mettre par-dessus en cas de froid, un maillot à manches longues et un k-way. Je vais en  garder quelques uns et en offrir à mon staff.

Nous sommes en ce moment dans les Vosges. L’arrivée d’aujourd’hui est la même que celle d’il y a deux ans (La Planche des Belles Filles). Nous finissons par un petit col qui n’est pas très long mais n’en reste pas moins difficile car pentu (environ 20%). Mais avant d’y arriver, nous avons pas mal d’autres cols à passer.

Cyril Lemoine sous les couleurs de Cofidis

Cyril Lemoine sous les couleurs de Cofidis

Les étapes de montagnes, c’est vraiment quelque chose à part. Il y a les grimpeurs et puis les autres. On peut dire que je fais partie des autres. Ces étapes sont stressantes car il y a un délai à respecter une fois que le vainqueur de l’étape a franchi la ligne. Hier, c’était 27 minutes. En montagne, un nouveau groupe se forme : le gruppetto. C’est un groupe de cyclistes qui ont étaient distancé par le peloton. Le but principal du gruppetto est de terminer dans les délais. Le rythme est un peu moins intense et il est plus facile de monter à son rythme. Mais attention, il ne faut pas croire que c’est une ballade. C’est aussi dur que d’être à l’avant car sur le plat, ça roule au maximum pour compenser le temps perdu dans les montées. Dans les descentes, la prise de risques est maximum. Il y a peu de temps de répit. Et puis, il y a le côté stressant : tu sais qu’il faut arriver dans les temps sinon le soir, tu rentres à la maison.

Heureusement je ne me suis pas encore retrouvé dans ce groupe cette année, j’ai réussi à rester dans le peloton. La journée d’aujourd’hui s’annonce difficile. Je vais essayer de m’économiser au maximum pour les étapes qui suivent. Mon rôle va être d’épauler les grimpeurs de mon équipe pour essayer de bien les placer dès les premiers cols, de les lancer.

Quand ça grimpe, tu passes par de nombreux états

En règle générale je reste plutôt optimiste et je me dis que je vais y arriver, qu’il y a toujours des solutions. Mais quand tu souffres, que les jambes commencent à bruler, c’est dur. Il y a des petits moments de découragements. Tu penses que tu ne vas pas y arriver. Tu te dis « ce soir je suis à la maison ». Et puis parfois, c’est juste le vide dans ta tête, c’est complètement vide. Il ne se passe rien. Il m’arrive aussi de penser à ma famille, ma femme et mon petit bout.

Le pire scénario, c’est quand tu lâches prise le premier. Tu te retrouves seul et tu sais qu’il te reste une dizaine de kilomètres. Tu vois les voitures des équipes qui ne sont plus là et au loin tu aperçois les autres coureurs. Il ne reste que toi et les spectateurs. Là, tu te poses des questions, ça trotte dans la tête. Heureusement, ca ne m’est arrivé qu’une seule fois !

Quand tu souffres, tu regardes et tu te concentres sur la roue du mec qui est devant toi. Et tu te fixes des étapes. Col par col, virage par virage. Dans ces étapes là, tu as le temps de regarder les autres coureurs. Sur certains visages, tu vois la fatigue qui commence à faire son effet. Quand c’est vraiment difficile, les nerfs craquent et certains pleurent sur leurs vélos. C’est drôle car après, quand c’est terminé, on en rigole entre nous. Ce sont à la fois des mauvais et des bons souvenirs. On se dit qu’on est des barjots et qu’on doit aimer la souffrance !

Les étapes de montagne, c’est aussi l’occasion de discuter avec les autres coureurs, quand nous ne sommes pas essoufflés ! En plaine, ça roule trop vite et avec les passages de relais, nous n’avons pas le temps. On parle de vélo, de nos sensations, des étapes passées et à  venir. On parle aussi de notre vie privée avec les cyclistes que l’on connaît le mieux. Ca permet de passer le temps car sinon, les journées sont parfois longues !  »

Propos recueillis par Méryll Boulangeat

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