Archives de Tag: journaliste

Coulisses de festivals

« Il y a une grosse logistique derrière ce projet », Séverine Beaudot, coordinatrice de l’événement en France.

Quand l’automne s’installe, que les feuilles colorées tombent des arbres, les fans de sports outdoors ont tendance à s’affoler. Déjà parce que c’est signe que la neige n’est plus très loin mais aussi parce que c’est la période où les festivals de films de sports sortent de leur hibernation. Escalade, ski, alpinisme, base jump, VTT, il y en a pour tous les goûts et partout. « Le début de saison approche, les gens commencent à penser à la neige et à la montagne, constate Thibaud Duchosal, organisateur du Winter Film Festival à Bourg St Maurice. Les équipes filment pendant la saison d’hiver et s’occupent de la post-production l’été. Les films sont donc prêts pour l’automne ».

Derrière ces moments riches en divertissements se cache souvent une logistique importante et Lire la suite

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Biographies de sportifs

Les sportifs ont toujours fait couler beaucoup d’encre. De part leurs exploits mais pas seulement. À la fois populaires et exemplaires leurs vies inspirent le commun des mortels, toujours plus friants d’un fait divers ou d’une interview décalée que d’une simple discussion purement technico-tactique. Certaines biographies se vendent comme des petits pains. Dans les coulisses de ces pages noircies, des hommes de l’ombre s’appliquent à mettre en scène les souvenirs des plus grands sportifs de l’histoire. Selon Arnaud Ramsay*, journaliste, « il existe plusieurs types de biographies : Les autobiographies, qui sont les récits officiels des sportifs, généralement aidés par une autre personne et les biographies rédigées par un tiers, sans y avoir été autorisées par le sportif. Il s’agit alors d’une enquête ou d’un récit littéraire librement inspiré du personnage public. » Arnaud Ramsay a déjà officié dans les deux catégories. Porte plume de Youri Djorkaeff, Bixente Lizarazu ou encore Nicolas Anelka, il a aussi enquêté sur David Douillet ou Laurent Blanc. Dans ces derniers cas, son travail de biographe est purement journalistique. Pendant des mois, des années, il enquête sur une personnalité. « Le travail est long et fastidieux. Je liste entre 50 et 80 personnes de l’entourage de la personnalité sur laquelle je travaille et je les contacte un par un. » Certains répondent, d’autres pas. Ce sont souvent des livres révélations, des livres qui ne flattent pas l’égo des protagonistes…au contraire.

D’un autre côté, « être le « nègre » d’une personnalité demande aussi beaucoup de temps. Cela dépasse la simple interview et le cadre de la relation journaliste/sportif. Il faut réussir à instaurer une relation de confiance.» Une trentaine d’heure d’entretien, des rendez-vous, des déjeuners. Autant de moments nécessaires pour saisir les subtilités de chaque sportif. Comprendre leurs forces et leurs faiblesses, les humaniser. « Ce travail d’écriture est assez spécifique. C’est comme si on se dédoublait. Il faut se mettre au service de l’athlète, comprendre son raisonnement. Retranscrire son langage, sa personnalité. Trouver le bon équilibre pour garder une méthodologie dans l’écriture, tout en ne dénaturant pas son récit. » Le travail est colossal mais, selon le journaliste, passionnant : « Il y a un certain plaisir narcissique dans cette activité. C’est agréable de rencontrer, de discuter et de passer du temps avec eux. En tant que journaliste, nous avons de moins en moins le temps de rencontrer des sportifs. Là, au fil des entretiens, une vraie relation s’instaure. » Au fur et à mesure que les chapitres se construisent, les échanges par mails s’intensifient. Un vrai ping pong numérique avant que la célébrité ne valide le projet. Une fois publié, le sportif joue le premier rôle en terme de promotion de l’ouvrage.

Dans les deux cas, à travers les biographies, le grand public découvre l’intimité des sportifs de haut niveau. Des hauts, des bas, des pleurs, de la joie. Et si finalement ils n’étaient pas si différents les grands champions ?

Méryll Boulangeat @Meryll_B

*Propos recueillis lors de la conférence de presse Sportext d’Annecy

Si vous avez aimé, Le sport entre les lignes vous conseille : À chaque sport ses habitudes alimentaires et Rêves de marins, un article sur le sommeil des marins en mer

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Coupe du monde d'aviron : les coulisses de la tente VIP

Jusqu’à dimanche découvrez chaque jour la coupe du monde d’Aviron de l’intérieur. Les bénévoles, appelés équipiers pour l’occasion, nous expliquent leur mission et leur quotidien.

Aujourd’hui, la tente VIP nous a ouvert ses portes…

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A chaque sport ses habitudes alimentaires

Bien qu’il soit difficile les ranger dans des cases, des diététiciennes ont constaté chez les sportifs des comportements alimentaires différents en fonction des sports pratiqués. De grosses tendances se dégagent.

Photo et création : ABoul

Photo et création : Alizée Boulangeat

 

Sports à catégorie de poids

Les sports de combats sont très exigeants au point de vue nutritionnel. Pour Lucile, judokate, manger est « un plaisir… quand je ne suis pas au régime ! ». Comme elle, les sportifs à catégorie de poids doivent s’astreindre à une rigueur sans faille pour se maintenir à leur poids de compétition. Une rigueur qu’il leur est difficile de tenir au vue de la charge d’entrainement qu’ils s’imposent. « Après une grosse séance d’entraînement, raconte Lucile, j’ai envie de beaucoup manger, de manger quelque chose qui me fait plaisir, quitte à ne pas pouvoir finir ». La majorité de ces sportifs s’entrainent donc en surpoids et commencent à se soumettent à un régime très poussé à l’approche des compétitions.

Certains d’entre eux sont capables de perdre jusqu’à 10 kilos en une semaine. Pour cela, ils arrêtent de manger et de boire pendant plusieurs jours tout en continuant leurs entraînements quotidiens. Une fois la pesée de compétition effectuée, ils se ruent sur des encas et des boissons hydratantes…juste avant de monter sur le ring ou le tatami.

« Chez ces sportifs, c’est la politique du tout ou rien, raconte Véronique Rousseau, diététicienne à l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance). Ils ne cherchent pas à optimiser leur poids pour être performant à l’entraînement. Il y a souvent des privations extrêmes à l’approche des compétitions, suivies de phases de compensations extrêmes.» Pour limiter cette trop grosse fluctuation de poids, la fédération française de boxe soumet ses sportifs à une pesée quotidienne avec un objectif à ne pas dépasser, au gramme près.

Sports esthétiques

Dans les sports esthétiques comme la gymnastique ou la natation synchronisée, la silhouette de l’athlète est l’élément principal. Le corps est au cœur de la performance et l’attention qui lui est consacrée est quotidienne. Les repas deviennent alors un enjeu considérable.

« Le repas était un de mes moments préférés, confie Noémie, gymnaste en équipe de France. Aujourd’hui, alors que je dois faire attention et me priver, c’est un moment moins agréable où la volonté doit l’emporter sur l’appétit. » Véronique Rousseau constate : « ils ont souvent l’impression d’être trop gros. La pression est très forte entre ces sportifs et avec les entraîneurs. Ils font une grosse fixation sur l’alimentation, qui reste souvent un tabou. Il est très difficile d’évoquer ce sujet avec eux. Un sentiment de culpabilité est souvent décelé chez ses sportifs, généralement gourmands ».

Sports d’endurances

Autre catégorie : celle des sports d’endurances. La diététicienne observe chez ces sportifs une tendance à « attribuer des vertus imaginaires à certains aliments. Ils pensent que l’énergie vient de la nourriture. La consommation de ces aliments est parfois démesurée ». Les athlètes accordent une grosse importance à la récupération et adaptent leur nourriture en conséquence, se concentrant sur une catégorie d’aliments en en délaissant d’autres, pourtant indispensables à un équilibre alimentaire.

Sports collectifs

Dans les sports collectifs, comme le volley ou le basket, les croyances alimentaires sont moins présentes, selon Véronique Rousseau. « La plupart du temps, les sportifs sont recrutés sur des critères morphologiques, explique-t-elle. Il n’y a pas de culture sportive forte. Ces sports sont donc moins marqués par l’alimentation.»

Dans les autres sports, la diététicienne estime qu’il est plus difficile de dégager des tendances. Amélie Fosse suit aussi des sportifs de haut niveau sur le plan diététique. Pour elle, il existe deux grands types de sportifs mangeurs : « les instinctifs et les détachés ».

Les sportifs « instinctifs »

Les mangeurs « instinctifs » entretiennent un rapport sain à la nourriture. Ils sont capables d’écouter leurs corps et de répondre à leur besoin. Amélie Fosse met en garde cette catégorie de sportifs qui « peuvent parfois se perdre avec tout ce qu’ils entendent de part et d’autre sur ce qu’il faut manger ou pas. Dans un environnement sportif, il est très difficile de rester un mangeur instinctif car les conseils et les recommandations nutritionnelles sont omniprésentes. »

Les sportifs « détachés »

Ces sportifs mangent pour « alimenter la machine ».  Ils laissent le facteur émotionnel de côté et ne sont focalisés que sur la performance. « Les sportifs « détachés» se font toujours rattraper. Ils finissent par compenser leurs privations par une abondance de nourriture sur la période qui suit », explique Amélie Fosse.

Même si il est difficile de généraliser, les sportifs peuvent être trahis par leurs assiettes et leurs petites habitudes alimentaires  sont loin d’être anodines.

Méryll Boulangeat

@Meryll_B

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A chaque sport ses habitudes alimentaires

Bien qu’il soit difficile les ranger dans des cases, des diététiciennes ont constaté chez les sportifs des comportements alimentaires différents en fonction des sports pratiqués. De grosses tendances se dégagent. Article à lire ici

Photo et création : ABoul

Photo et création : ABoul

Méryll Boulangeat

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Jeux Olympiques de Sotchi : Vrai ou faux record ?

Avec 15 médailles en Russie, la France a atteint son objectif. Et apporté aux JO une poignée de belles surprises. Mais derrière les chiffres se cache une réalité plus nuancée. Les échecs ont été nombreux et le programme n’a jamais été aussi fourni.

 

Début décembre. Fabien Saguez, directeur technique national de la fédération française de ski, annonce : « Pour les Jeux olympiques de Sotchi, notre objectif à la FFS est de 15 médailles, dont 5 en or », avant d’ajouter : « C’est un objectif ambitieux ». Le 23 février dernier, lors de la cérémonie de clôture de ces mêmes Jeux olympiques, le tableau des médailles affiche 15 récompenses (dont 4 en or)…pour l’ensemble de la délégation française. Un record aux Jeux olympiques d’hiver. Un record à l’allure trompeuse.

La suite de l’article ici

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Immersion dans le tourbillon médiatique de Renaud Lavillenie

Au septième étage du bâtiment du groupe multimédia L’Equipe, on attend un invité très spécial. Et pour cause, le centre des attentions n’est autre que Renaud Lavillenie. De retour d’Ukraine la veille seulement, la tournée médiatique du recordman de saut à la perche (6,16m) passe par les locaux de L’Equipe. Et tout le monde, ici, est au courant. Dans les couloirs, les premières infos commencent à circuler, elles traversent aisément les étages. On sait en temps et en heure où est le Champion Olympique. A 11h30, il serait, à priori, devant le bâtiment dans un taxi privé.

Ca tombe plutôt bien pour l’équipe qui s’occupe des archives puisque c’est l’heure « de descendre fumer une clope ». Les quatre acolytes observent la scène devant l’entrée principal du média : « on fumait une cigarette dans un coin. La copine de Renaud est sortie la première de la voiture aux vitres tintées dans laquelle ils se trouvaient. Puis Renaud a suivi, avec ses béquilles. » Un Renaud qui semblait « fatigué. Il avait les traits tirés, le sourire un peu crispé ». Elise, Jessica, Sophie et Pierre Nicolas ne sont pas les seuls à assister à l’arrivée du champion. « Il y avait une dizaine, une quinzaine de personnes. Il y avait même Antoine Deneriaz (ndlr : champion olympique de ski alpin en 2006) qui l’a félicité. Il y avait surtout des JRI (ndlr : journalistes reporters d’images), des photographes et des personnes de la rédaction. »

Parmi eux, des journalistes privilégiés vont le suivre pendant son marathon médiatique. Nicolas Herbelot est spécialisé en athlétisme et commente ses performances depuis des années pour le journal L’Equipe. Anne Odru, journaliste à L’Equipe 21, fait un reportage sur la folle course médiatique du champion : « je le suis depuis hier puisque j’étais à l’aéroport quand il est arrivé. Normalement j’étais en congé aujourd’hui mais quand on m’a demandé si je pouvais le suivre toute la journée, je n’ai pas réfléchi une seconde. Sacrifier une journée de repos pour suivre une légende ? Tu ne te poses même pas la question ! C’est l’occasion de partager la journée d’une légende, en plus dans ces moments-là, c’est génial. »

Nicolas Herbelot et Anne Odru

Nicolas Herbelot et Anne Odru

Accueilli par des journalistes, Renaud est ensuite escorté jusqu’à la conférence de rédaction. Un moment privilégié pour le sportif puisque c’est lors de cette réunion que les unes et les sujets traités dans le journal sont décidés. Renaud est convié à donner son avis. Les journalistes l’écoutent énumérer ce qu’il a aimé ou pas dans l’édition du jour. Il donne aussi son avis sur ce qui l’intéresse dans le quotidien et surtout ce qu’il a pensé des articles qui lui ont été consacrés. Il avoue d’ailleurs ne pas avoir eu le temps de tout lire. Pas étonnant puisque pas moins de quatre pages étaient consacrées à son exploit !

La conférence terminée, Renaud arrive au septième étage. L’Equipe 21. C’est l’effervescence dans le couloir. Tout le monde veut une photo avec Renaud. « Une photo avec lui c’est quand même la classe », avoue Jessica. Pas le temps pour Renaud de satisfaire toutes les demandes, il est déjà en retard.

Dix minutes au maquillage, à peine.  « C’est toujours un peu différent quand ce sont des personnalités, confie Cyril le coiffeur de la chaîne. Il y a plein de monde qui se précipite dans la loge avec des caméras et des appareils photos. Ils sont tout excités. Il faut toujours faire vite. Ils sont tellement sollicités  qu’ils ont peu de temps ». Dans la petite cabine, il y a aussi Nathalie, la maquilleuse, qui a l’habitude de s’occuper de personnalités.  Avant Renaud, le dernier qui est passé entre ses mains n’est autre que Jo Wilfried Tsonga. « Quand ils sont super connus, ça attire toujours les foules, raconte Nathalie. Nous, on essaye de discuter avec eux, de plaisanter un peu. Le maquillage, c’est le moment où ils peuvent se vider la tête, décompresser. On s’occupe d’eux, ils se laissent faire. Le fait qu’on les touche, qu’on ait un contact physique enlève un peu une barrière. La confiance se crée plus facilement. »

Renaud Lavillenie se fait coiffer avant l'émission

Renaud Lavillenie se fait coiffer avant l’émission

Renaud Lavillenie au maquillage

Renaud Lavillenie au maquillage

Tout le monde est en retard, il faut faire vite. « L’ingénieur son était à la bourre, raconte Anne Odru. Du coup, c’est moi qui ai équipé Renaud de son micro à deux minutes seulement de l’antenne. » Le champion entre sur le plateau. La course contre le temps s’arrête le temps du direct.

Renaud Lavillenie arrive sur le plateau

Renaud Lavillenie arrive sur le plateau de L’Equipe 21

Une fois l’édition spéciale « Renaud Lavillenie » à son terme, les couloirs sont à nouveaux en effervescences. Photos, autographes, félicitations… Tout le monde se presse pour vivre un moment privilégié aux côtés du champion. Une fois encore, ce ne sera que de courte durée car le perchiste est attendu pour une séance photo. Le timing de la journée est minuté. C’est ensuite au 8ème étage, dans la partie VIP du bâtiment, que Renaud entouré de sa compagne, son agent et des personnalités importantes de L’Equipe sont invités à déjeuner.

Autographes

Autographes

A peine le temps de souffler pour l’homme qui a sauté le plus haut du monde avec une perche ! Rassasiés, le marathon médiatique continue pour le clan Lavillenie toujours suivi de très près par la journaliste Anne Odru. Toujours en béquilles, toujours hyper sollicité, Renaud quitte le siège social de L’Equipe. La journée n’est pas terminée pour autant. Il a rendez-vous chez un de ses sponsors pour donner une conférence de presse. C’est sur le plateau du Grand Journal qu’il terminera sa journée.

Anne Odru l’affirme, « cette journée a été possible car il est blessé. Sinon, il aurait certainement suivi son frère et son entraineur à Clermont pour retourner à l’entraînement ». Après un tourbillon d’émotion, c’est bien un tourbillon médiatique qu’a subi Renaud Lavillenie…au plus grand bonheur de ses (nombreux) fans.

Méryll Boulangeat

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 » Etre journaliste indépendant à Sotchi, c’est un sport de combat  »

Pendant deux semaines, la Russie sera au cœur de l’actualité mondiale. En organisant les XXIIème Jeux Olympiques d’hiver, le Kremlin espère bien étaler sa puissance aux yeux du monde entier. Un brillant qui perd un peu de son éclat jour après jour. Les critiques envers le gouvernement sont de plus en plus importantes. Lois anti-gays, budget mirobolant, travailleurs exploités, habitants expulsés… Les polémiques se succèdent et les conséquences ne se font pas attendre : de nombreuses personnalités politiques, François Hollande ou Barack Obama en tête, ont déjà annoncées qu’elles ne participeraient pas à la cérémonie d’ouverture le 7 février prochain. Pour certains athlètes, la question du boycott s’est même posée.

Rosa Khutor, la station de ski où auront lieu les épreuves de ski et snowboard pendant les Jeux de Sotchi

Rosa Khutor, la station de ski où auront lieu les épreuves de ski et snowboard pendant les Jeux de Sotchi

Un aspect est moins traité que les autres : l’indépendance des journalistes en Russie. La liberté d’expression : un droit bafoué, à l’image de nombreuses autres libertés dans le pays, parfois de manière claire et perceptible, parfois de manière plus subtile. Dans le classement de  Reporters Sans Frontières, la Russie fait figure de cancre lorsqu’il s’agit de la liberté de la presse (148ème sur 179).

JOURNALISTE RUSSE INDEPENDANT : UN SPORT DE COMBAT

Pour Johan Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est, Asie Centrale chez Reporters Sans Frontières, « être journaliste indépendant à Sotchi, c’est un sport de combat ». L’exercice est possible mais à quel prix ? « C’est une vocation, ajoute Johan Bihr, un choix qui engage votre vie, celle de vos proches ». Les conséquences peuvent être sévères pour les journalistes qui vont à l’encontre des pouvoirs politiques.

Dans un premier temps, des conséquences financières, à l’origine de la faillite de nombreux médias. « En Russie, les médias survivent grâce aux subventions publiques », explique Yann Bertrand, journaliste pour France Info. Une réalité appuyée par les propos de M. Bihr : « les collectivités (locales, régionales) attribuent des aides aux journaux en échange d’un quota « d’informations » à diffuser. Des « informations » qui se résument à des publireportages à la gloire des autorités nationales et locales. Ces sujets ne se distinguent pas des autres articles, ce qui favorise la propagande. Il faut savoir que cela représente entre 50 et 70% du contenu. » Une manne financière importante qui n’encourage pas les médias locaux à enquêter sérieusement.

Mais parmi ces « petits soldats du journalisme » (ndlr : titre emprunté à l’ouvrage de François Ruffin) russe, il existe encore quelques exceptions. Une chaîne de télévision d’opposition, basée à Moscou, ainsi que des petites rédactions éparpillées à droite et à gauche essaient de survivre. « Les médias privés sont financés par de riches oligarques ou par des associations. Mais ils ont très peu de poids face aux autres médias », explique le journaliste de France Info.

Quand les sanctions financières ne suffisent pas à intimider les journalistes rebelles, les autorités peuvent aller plus loin. « Depuis l’an 2000, trente journalistes ont été assassinés dans l’exercice de leurs fonctions, raconte Christophe Deloire, Directeur Général de Reporters Sans Frontières. Et dans vingt-cinq de ces cas, personne n’a été inquiété ou mis en examen ». Des crimes impunis, des assassins et des agresseurs en liberté. Un climat d’insécurité et de peur règne dans le milieu journalistique. « Les zones proches de la Tchétchénie sont les plus touchées. La région du Caucase, où se trouve Sotchi, en fait partie ».

Photos : Marielle Berger

Rosa Khutor, la station de ski où auront lieu les épreuves de ski et snowboard pendant les Jeux de Sotchi

Nikolaï Larst est journaliste dans cette région du Caucase. Il enquêtait sur une affaire de garde familiale et de corruption, mettant en cause les forces de police, quand il s’est fait arrêter. Les policiers ont découvert de la drogue sur la plage arrière de son véhicule. S’en sont suivis plusieurs mois de prison ferme. Le journaliste nie les faits et estime que cette affaire a été montée de toutes pièces pour le faire taire.  

13 000 journalistes seront accrédités pour les prochains Jeux Olympiques, 200 seulement seront Russes. « L’Etat a organisé des concours au sein des rédactions pour choisir les journalistes russes accrédités pour l’événement », explique Yann Bertrand.

JOURNALISTES ÉTRANGERS ÉPARGNÉS ?

Les journalistes étrangers, eux aussi, sont soumis à la vigilance russe. Yohan Bihr et Yann Bertrand ont tous deux eu vent du voyage qu’ont vécu les journalistes d’une équipe de télévision norvégienne. « Ils ont été interpelés six fois en trois jours, raconte le représentant de Reporters Sans Frontières. Ils ont subi des interrogatoires hyper poussés, leur matériel a été inspecté sous tous les angles à chaque fois. » Une expérience réservée à ceux qui décident de s’aventurer hors des sentiers battus. « Il nous est fortement conseillé d’annoncer notre venue aux autorités russes », admet le journaliste de France Info. « La plupart du temps, les journalistes sont conduits par autobus. Une fois sur les lieux décidés par les autorités, les journalistes peuvent filmer ce qu’ils veulent à condition de ne pas s’éloigner de la zone dans laquelle ils ont été conduits », raconte Johan Bihr.

La politique des autorités s’affiche clairement : tout ce qui est diffusé dans la presse doit être sous contrôle afin de ne pas ternir une image que le Kremlin se donne tant de mal à gérer.

Méryll Boulangeat

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" Etre journaliste indépendant à Sotchi, c’est un sport de combat "

Pendant deux semaines, la Russie sera au cœur de l’actualité mondiale. En organisant les XXIIème Jeux Olympiques d’hiver, le Kremlin espère bien étaler sa puissance aux yeux du monde entier. Un brillant qui perd un peu de son éclat jour après jour. Les critiques envers le gouvernement sont de plus en plus importantes. Lois anti-gays, budget mirobolant, travailleurs exploités, habitants expulsés… Les polémiques se succèdent et les conséquences ne se font pas attendre : de nombreuses personnalités politiques, François Hollande ou Barack Obama en tête, ont déjà annoncées qu’elles ne participeraient pas à la cérémonie d’ouverture le 7 février prochain. Pour certains athlètes, la question du boycott s’est même posée.

Rosa Khutor, la station de ski où auront lieu les épreuves de ski et snowboard pendant les Jeux de Sotchi

Rosa Khutor, la station de ski où auront lieu les épreuves de ski et snowboard pendant les Jeux de Sotchi

Un aspect est moins traité que les autres : l’indépendance des journalistes en Russie. La liberté d’expression : un droit bafoué, à l’image de nombreuses autres libertés dans le pays, parfois de manière claire et perceptible, parfois de manière plus subtile. Dans le classement de  Reporters Sans Frontières, la Russie fait figure de cancre lorsqu’il s’agit de la liberté de la presse (148ème sur 179).

JOURNALISTE RUSSE INDEPENDANT : UN SPORT DE COMBAT

Pour Johan Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est, Asie Centrale chez Reporters Sans Frontières, « être journaliste indépendant à Sotchi, c’est un sport de combat ». L’exercice est possible mais à quel prix ? « C’est une vocation, ajoute Johan Bihr, un choix qui engage votre vie, celle de vos proches ». Les conséquences peuvent être sévères pour les journalistes qui vont à l’encontre des pouvoirs politiques.

Dans un premier temps, des conséquences financières, à l’origine de la faillite de nombreux médias. « En Russie, les médias survivent grâce aux subventions publiques », explique Yann Bertrand, journaliste pour France Info. Une réalité appuyée par les propos de M. Bihr : « les collectivités (locales, régionales) attribuent des aides aux journaux en échange d’un quota « d’informations » à diffuser. Des « informations » qui se résument à des publireportages à la gloire des autorités nationales et locales. Ces sujets ne se distinguent pas des autres articles, ce qui favorise la propagande. Il faut savoir que cela représente entre 50 et 70% du contenu. » Une manne financière importante qui n’encourage pas les médias locaux à enquêter sérieusement.

Mais parmi ces « petits soldats du journalisme » (ndlr : titre emprunté à l’ouvrage de François Ruffin) russe, il existe encore quelques exceptions. Une chaîne de télévision d’opposition, basée à Moscou, ainsi que des petites rédactions éparpillées à droite et à gauche essaient de survivre. « Les médias privés sont financés par de riches oligarques ou par des associations. Mais ils ont très peu de poids face aux autres médias », explique le journaliste de France Info.

Quand les sanctions financières ne suffisent pas à intimider les journalistes rebelles, les autorités peuvent aller plus loin. « Depuis l’an 2000, trente journalistes ont été assassinés dans l’exercice de leurs fonctions, raconte Christophe Deloire, Directeur Général de Reporters Sans Frontières. Et dans vingt-cinq de ces cas, personne n’a été inquiété ou mis en examen ». Des crimes impunis, des assassins et des agresseurs en liberté. Un climat d’insécurité et de peur règne dans le milieu journalistique. « Les zones proches de la Tchétchénie sont les plus touchées. La région du Caucase, où se trouve Sotchi, en fait partie ».

Photos : Marielle Berger

Rosa Khutor, la station de ski où auront lieu les épreuves de ski et snowboard pendant les Jeux de Sotchi

Nikolaï Larst est journaliste dans cette région du Caucase. Il enquêtait sur une affaire de garde familiale et de corruption, mettant en cause les forces de police, quand il s’est fait arrêter. Les policiers ont découvert de la drogue sur la plage arrière de son véhicule. S’en sont suivis plusieurs mois de prison ferme. Le journaliste nie les faits et estime que cette affaire a été montée de toutes pièces pour le faire taire.  

13 000 journalistes seront accrédités pour les prochains Jeux Olympiques, 200 seulement seront Russes. « L’Etat a organisé des concours au sein des rédactions pour choisir les journalistes russes accrédités pour l’événement », explique Yann Bertrand.

JOURNALISTES ÉTRANGERS ÉPARGNÉS ?

Les journalistes étrangers, eux aussi, sont soumis à la vigilance russe. Yohan Bihr et Yann Bertrand ont tous deux eu vent du voyage qu’ont vécu les journalistes d’une équipe de télévision norvégienne. « Ils ont été interpelés six fois en trois jours, raconte le représentant de Reporters Sans Frontières. Ils ont subi des interrogatoires hyper poussés, leur matériel a été inspecté sous tous les angles à chaque fois. » Une expérience réservée à ceux qui décident de s’aventurer hors des sentiers battus. « Il nous est fortement conseillé d’annoncer notre venue aux autorités russes », admet le journaliste de France Info. « La plupart du temps, les journalistes sont conduits par autobus. Une fois sur les lieux décidés par les autorités, les journalistes peuvent filmer ce qu’ils veulent à condition de ne pas s’éloigner de la zone dans laquelle ils ont été conduits », raconte Johan Bihr.

La politique des autorités s’affiche clairement : tout ce qui est diffusé dans la presse doit être sous contrôle afin de ne pas ternir une image que le Kremlin se donne tant de mal à gérer.

Méryll Boulangeat

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