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Biographies de sportifs

Les sportifs ont toujours fait couler beaucoup d’encre. De part leurs exploits mais pas seulement. À la fois populaires et exemplaires leurs vies inspirent le commun des mortels, toujours plus friants d’un fait divers ou d’une interview décalée que d’une simple discussion purement technico-tactique. Certaines biographies se vendent comme des petits pains. Dans les coulisses de ces pages noircies, des hommes de l’ombre s’appliquent à mettre en scène les souvenirs des plus grands sportifs de l’histoire. Selon Arnaud Ramsay*, journaliste, « il existe plusieurs types de biographies : Les autobiographies, qui sont les récits officiels des sportifs, généralement aidés par une autre personne et les biographies rédigées par un tiers, sans y avoir été autorisées par le sportif. Il s’agit alors d’une enquête ou d’un récit littéraire librement inspiré du personnage public. » Arnaud Ramsay a déjà officié dans les deux catégories. Porte plume de Youri Djorkaeff, Bixente Lizarazu ou encore Nicolas Anelka, il a aussi enquêté sur David Douillet ou Laurent Blanc. Dans ces derniers cas, son travail de biographe est purement journalistique. Pendant des mois, des années, il enquête sur une personnalité. « Le travail est long et fastidieux. Je liste entre 50 et 80 personnes de l’entourage de la personnalité sur laquelle je travaille et je les contacte un par un. » Certains répondent, d’autres pas. Ce sont souvent des livres révélations, des livres qui ne flattent pas l’égo des protagonistes…au contraire.

D’un autre côté, « être le « nègre » d’une personnalité demande aussi beaucoup de temps. Cela dépasse la simple interview et le cadre de la relation journaliste/sportif. Il faut réussir à instaurer une relation de confiance.» Une trentaine d’heure d’entretien, des rendez-vous, des déjeuners. Autant de moments nécessaires pour saisir les subtilités de chaque sportif. Comprendre leurs forces et leurs faiblesses, les humaniser. « Ce travail d’écriture est assez spécifique. C’est comme si on se dédoublait. Il faut se mettre au service de l’athlète, comprendre son raisonnement. Retranscrire son langage, sa personnalité. Trouver le bon équilibre pour garder une méthodologie dans l’écriture, tout en ne dénaturant pas son récit. » Le travail est colossal mais, selon le journaliste, passionnant : « Il y a un certain plaisir narcissique dans cette activité. C’est agréable de rencontrer, de discuter et de passer du temps avec eux. En tant que journaliste, nous avons de moins en moins le temps de rencontrer des sportifs. Là, au fil des entretiens, une vraie relation s’instaure. » Au fur et à mesure que les chapitres se construisent, les échanges par mails s’intensifient. Un vrai ping pong numérique avant que la célébrité ne valide le projet. Une fois publié, le sportif joue le premier rôle en terme de promotion de l’ouvrage.

Dans les deux cas, à travers les biographies, le grand public découvre l’intimité des sportifs de haut niveau. Des hauts, des bas, des pleurs, de la joie. Et si finalement ils n’étaient pas si différents les grands champions ?

Méryll Boulangeat @Meryll_B

*Propos recueillis lors de la conférence de presse Sportext d’Annecy

Si vous avez aimé, Le sport entre les lignes vous conseille : À chaque sport ses habitudes alimentaires et Rêves de marins, un article sur le sommeil des marins en mer

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« Elles veulent voir ce que j’ai dans le ventre » : Live your dreams, #Épisode1

Annabel Merlier CP/Copainsdavant

Annabel Merlier
CP/Copainsdavant

« Live your dreams ». Plus que le simple tatouage qu’elle arbore, Annabel Merlier a fait de cette phrase sa ligne de conduite. A 30 ans, la petite brune musclée a décidé de se donner les moyens d’atteindre son rêve : Devenir championne du monde de jujitsu brésilien (la compétition aura lieu, aux Etats-Unis, les 1 et 2 novembre prochain). Le jujitsu (ou jiu-jitsu) est un art martial qui découle des MMA (« Mixed Martials Arts » ou « combats libres » en français) et utilise, entre autre, des techniques empruntées au judo. Un sport de combat encore confidentiel en France et pourtant ultra populaire au Brésil (où il est né) et aux Etats-Unis. En France, peu de pratiquants et surtout peu de femmes sur les tatamis. Annabel Merlier, 3ème des derniers championnats d’Europe, s’entraîne, presque exclusivement avec des hommes, à Sète (Hérault), au sein du team Prana. Poussée par son objectif sportif, elle a décidé de franchir le cap et la frontière pour s’entraîner avec une coach brésilienne installée à San Diego, en Californie (USA). Neuf fois championne du monde, Leticia Ribeiro est la grande dame de la discipline. Toutes les meilleures athlètes passent entre ses mains. Poussée par une envie de progresser et un esprit hyper compétitif, Annabel a décidé de se joindre au collectif de « la prof star ». Elle est partie, seule, pendant un mois vivre son rêve. Un aventure en partie possible grâce à Laurent Bodart, le patron de la salle de sport dans laquelle elle est employée, qui lui finance son voyage. Son boss mis à part, la languedocienne d’adoption ne compte qu’un seul sponsor à ses côtés, « Sitec Nutrition » lui fournit vitamines et compléments alimentaires. 

Loin de la France, où quand elle prononce le mot « Jujitsu » ses interlocuteurs froncent les sourcils, elle est partie se fondre dans un univers qui est le sien, au plus près des racines du sport qui rythme sa vie depuis huit ans. A travers cette série, Annabel Merlier nous fait partager, en immersion, son aventure américaine.

Annabel Merlier ravie devant son nouveau centre d'entraînement

Annabel Merlier ravie devant son nouveau centre d’entraînement

« Je suis comme une gamine à Noël! Je peux maintenant vivre mon rêve pleinement et ne penser plus qu’à ça, plus qu’à mon sport! Fini le boulot et les contraintes que j’ai en France, ici je n’ai qu’une chose en tête: Les championnats du monde. Tout est tourné vers cet objectif, je suis ultra motivée !

Après une voyage compliqué et fatiguant je suis arrivée à San Diego, avec deux heures de retard, il y a un peu plus d’une semaine! Pour le moment, je suis hébergée chez le frère d’un ami. Une famille exceptionnelle que je découvre et qui m’a accueilli avec beaucoup de sympathie et de simplicité. Dans la famille, le père, Français, s’est marié avec une Américaine. Ensemble, ils se sont installés en Californie avec leurs deux enfants.

Le week-end m’a laissé le temps de m’adapter au climat et au décalage horaire. Petit à petit, je découvre les lieux. Après ces deux premières journées d’acclimatation sur le sol américain, j’ai pris le chemin de la salle lundi dernier.

C’est parti, mon aventure peut commencer ! Si je suis venue ici, c’est pour pouvoir m’entraîner avec Leticia Ribeiro. C’est une star dans le milieu du jujitsu et par la même occasion, une prof de renom, une des meilleures du monde. Doucement, elle s’occupe de moi. Elle me fait travailler avec son élite féminine, ravie de ma perspective de compétition!

Leticia Ribeiro  CP/Twitter

Leticia Ribeiro
CP/Twitter

Au programme deux entraînements par jour, un le midi et un le soir : En tout trois heures intensives quotidiennement. J’ai été bien reçue. Bien qu’ici tout le monde soit souriant, l’esprit de compétition est très présent. Tout de suite, les filles m’ont testées. Le test est simple : Le premier abord est cordial, gentil, mais dès que l’on commence les exercices pratiques, c’est la guerre ! Elles veulent voir ce que j’ai dans le ventre. Dans ces moments là, il faut savoir rester lucide et trouver le juste milieu pour se faire respecter sans passer pour quelqu’un de prétentieux. Ma technique est donc d’être à fond sans paraître agressive, savoir parfois me laisser faire et même aller jusqu’à perdre de temps à autre. Rester humble et simple. Le test est réussi si à la fin du cours je n’ai pas « bronché » tout en ayant donné le maximum, sans l’intention de me montrer supérieure.

Entre filles il y a toujours une relation de rivalité, une espèce de guerre froide. Ici, je suis sur leur territoire et elles me le font savoir. Mon but n’est pas de prendre leur place, je veux juste progresser à leur contact. Avec, Julien Castanier, mon coach français, on a une expression qui résume ces combats d’entraînements, on dit : « Qu’elles veulent me « désosser » ». C’est un peu brutal comme mot mais, dans l’esprit, c’est la guerre ! Grâce à mon entraîneur je suis préparée à ça.

Annabel Merlier en immersion aux Etats-Unis

Annabel Merlier en immersion aux Etats-Unis

Ici, je reste à ma place et j’apprends. Je sais que certaines filles finiront par me faire confiance. D’autres jamais. C’est comme ça ! J’ai fais mes preuves.

Je ne me suis pas encore complètement adaptée à la chaleur et aux habitudes alimentaires américaines. Ils grignotent après le petit déjeuner et mangent à 17h le repas du soir. J’ai décidé d’aller faire des courses pour reprendre mon rythme avec mes trois repas par jours. Je préfère faire attention car j’ai peur que mon corps me lâche prématurément.

Dans un tout autre registre, petit à petit les courbatures se font ressentir. Des bleus apparaissent et mes doigts commencent à me faire souffrir à cause de la prise du kimono qui est plus intense que ce dont j’ai l’habitude. Malgré tout ça, je vis un rêve éveillé. Ici, ce n’est que du bonheur. »

Méryll Boulangeat @Meryll_B

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Pourquoi les Russes finissent-elles (presque) toujours par gagner ?

Noémie Balthazard, membre des équipes de France d'ensemble.  Crédit photo : L'Equipe/Lablatinière

Noémie Balthazard, membre des équipes de France d’ensemble.
Crédit photo : L’Equipe/Lablatinière

Tous les sportifs de l’INSEP s’accordent à le dire : « Quand tu finis ton entraînement après les GR, c’est que la journée a été longue ». Les GR, ce sont ces jeunes filles, les gymnastes rythmiques de l’Equipe de France, qui s’entraînent entre 35 et 40 heures par semaine. Depuis la grande baie vitrée du complexe sportif d’Oriola de l’INSEP, les curieux ont un poste d’observation privilégié. En contre-bas, les gymnastes virevoltent telles de petites fées, faisant valser leurs engins (massue, ruban, ballon, cerceau ou corde) au rythme de la musique. Encore et encore, elles répètent leurs gammes, à la recherche de la perfection. Rares sont les moments où la salle est vide. Un entraînement intensif, pourtant insuffisant pour accrocher les podiums internationaux.

Noémie Balthazard lors d'une démonstration dans la salle d'Oriola de l'INSEP.  Crédit photo : L'Equipe/Martin

Noémie Balthazard lors d’une démonstration dans la salle d’Oriola de l’INSEP.
Crédit photo : L’Equipe/Martin

Depuis la création de la GR (anciennement GRS), dans les années 40, les gymnastes issues des pays de l’est dominent la discipline. Certes, le sport a vu le jour en Union Soviétique mais depuis, de nombreux pays le pratique…sans, néanmoins, ne jamais réussir à s’y imposer. Depuis 1963, date des premiers Championnats du monde, tous les titres mondiaux et olympiques ont été raflés par les Russes, les Bulgares et les Ukrainiennes. Un constat qui ne surprend pas Céline Nony, journaliste à l’Equipe et ancienne gymnaste : « Depuis une vingtaine d’années, ce sont surtout les Russes qui dominent (en concours individuel notamment, ndlr). Elles maîtrisent parfaitement tous les aspects de la GR. Physique, travail corporel, technique, inventivité, esthétique, elles ont tout d’un coup. Elles réalisent des performances incroyables. » Une perfection qui n’échappe  pas non plus aux yeux de Noémie Balthazard, membre de l’ensemble de l’Equipe de France depuis six ans. « En Russie, vers trois ans, on impose aux jeunes filles le sport qu’elles vont pratiquer. Ainsi, elles commencent le travail technique très tôt. Elles grandissent avec l’engin. Si bien que le touché à l’engin devient naturel, presque banal. Quand elles arrivent à maturité, elles sont capables de faire des choses incroyables. Ce sont presque des extraterrestres ».

Toujours une longueur d’avance

En France, les gymnastes découvrent le haut niveau vers 14, 15 ans. A cet âge là, en Russie, elles font déjà parties de meilleures du monde. « Il y a des campagnes de détection très précoces et très efficaces en Russie, explique la journaliste. Ils ratissent extrêmement large et font venir des jeunes filles de toute la région dans le centre national de formation. La concurrence entre les filles est très forte. » Une fois à Moscou, les jeunes gymnastes sont intégralement prises en charge avec leur ancien entraîneur. A celui-ci s’ajoute toute une structure : entraîneurs nationaux, danseurs, chorégraphes, cuisiniers, costumières, répétiteurs… « Le réservoir Russe est impressionnant, raconte Noémie Balthazard. Sur chaque compétition, nous découvrons de nouvelles gymnastes. En France, quand deux filles se blessent, il est très compliqué de les remplacer. » Grâce à ce réservoir étoffé, l’école russe accentue, au fil des années, sa domination. « Toutes les évolutions sont testées en amont sur les plus jeunes, explique Céline Nony. Quand elles arrivent à maturité, les autres nations n’ont même pas eu le temps d’envisager ces mouvements alors que les Russes les maîtrisent parfaitement. » Une longueur d’avance qui leur permet « d’initier les règles ». « Nous passons notre temps à imiter les Russes et les Bulgares », confie la jeune Française. Pour pousser plus loin le « plagiat », les fédérations européennes s’entourent d’entraîneurs venus tout droit de pays de l’est. Ainsi, depuis 2007, l’entraîneur de l’équipe de France, Adriana, est Bulgare. Et ses méthodes aussi, comme le raconte la gymnaste tricolore : « La façon d’aborder l’entraînement est complètement différente de ce qui se fait en France. A chaque séance, il y a un programme à respecter. Que l’on soit malades ou fatiguées, c’est la même chose, il faut aller au bout en exécutant parfaitement les exercices. Tant que nous n’avons pas réussi, nous continuons. Parfois ça peut durer longtemps. » Les jeunes Françaises franchissent souvent la frontière pour faire des stages dans le pays de leur coache. Un système qui a ses limites. « Adriana nous parle en anglais. Pour le côté technique, il n’y a pas de problèmes. Par contre, il est difficile de jouer sur le côté émotionnel, d’utiliser des mots qui nous parlent et qui nous donnent envie de se sortir les tripes en compétition. »

Entre 3000 et 5000 euros à 15 ans

Outres les méthodes d’entraînement, c’est tout un mode de vie qui diffère entre ces deux cultures. Les « filles de l’est » ne vivent que pour la GR. Très jeunes, elles gagnent déjà leur vie. Ainsi, en Russie, une adolescente de 15 ans gagne entre 3000 et 5000 euros par mois. Une situation en partie possible grâce à un personnage incontournable dans le milieu de la gymnastique rythmique : Irina Viner. Depuis le milieu des années 90, elle contrôle l’univers de la GR en Russie et par conséquent dans le monde. Elle bouleverse ainsi les codes du sport, faisant évoluer les règlements internationaux en fonction des qualités de ses gymnastes. Une influence en partie possible grâce à sa situation financière. Son mari, Alisher Ousmanov, est l’homme le plus riche du pays. Riche et dotée d’un fort caractère, la « grande prêtresse » de la GR s’autorise ainsi tout ce qu’il y a de meilleur. Création d’un centre sportif, déplacement dans les meilleurs hôtels. On la soupçonne, sans preuve, d’acheter quelques juges. Elle s’applique aussi à soigner ses petites protégées. « Un jour, la maman d’une gymnaste m’a confiée donner une cuillère de caviar chaque matin à sa fille car c’était, selon elle, l’aliment le plus riche en nutriments », s’amuse l’ex-gymnaste.

Irina Viner (au centre) pose, en 2010 aux côtés du président Russe, Dmitry Medvedev, et de l'équipe nationale de gymnastique rythmique.  Crédit photo : AFP

Irina Viner (au centre) pose, en 2010 aux côtés du président Russe, Dmitry Medvedev, et de l’équipe nationale de gymnastique rythmique.
Crédit photo : AFP

Plus au sud, en France, les GR ne gagnent rien. Tout en menant leur carrière sportive, elles doivent anticiper sur leur avenir. « Pour nous, la GR est un objectif à court terme qui relève d’un rêve d’enfant, souligne le gymnaste grenobloise. Nous avons un devoir moral, celui de représenter la France, mais rien d’autre. Parallèlement, nous préparons notre reconversion. Ce sont des concessions que nous nous refusons de faire car nous n’en avons pas les moyens ». Quand on évoque le « double projet » des meilleures mondiales avec Céline Nony, elle sourit : « Cette année, le manager de l’équipe de l’Azerbaïdjan est allé passer le bac pour ses filles qui disputaient le championnat d’Europe. En Russie, les filles ont des répétiteurs qui viennent leur enseigner un minimum de culture mais elles n’ont ni examen, ni université. C’est incomparable avec la situation des Françaises qui ont pourtant le même objectif final. »

Un objectif que les Françaises savent quasiment inatteignable. Mais pourtant, chaque matin, elles se lèvent, elles s’entraînent, elles regardent au loin avec toujours cette même envie : l’envie d’aller au bout de leur aventure et de toucher du doigt leur rêve d’enfant.

Méryll Boulangeat

@Meryll_B

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Le football vu par un sociologue

Pourquoi le football passionne-t-il autant ? Christian Bromberger, sociologue et anthropologue du football, s’est posé la question. Pour lui, le sport au ballon rond est un condensé de la vie. Une sorte de miroir qui reflèterait notre quotidien : « Il y a dans ce sport quelque chose qui renseigne sur la vie. Pour réussir, il faut du mérite, de la solidarité et un fort esprit d’équipe. Et comme dans la vie de tous les jours, le facteur chance joue un rôle important. Il est difficile à maîtriser, inanticipable. » Réussite, échec, chance. Christian Bromberger va plus loin dans le parallèle qu’il fait entre le football et le quotidien. Pour lui, l’arbitrage serait assimilé à la justice. « Une décision crée un débat. Un verdict est discutable. On peut se sentir injustement sanctionné. En sport, une décision peut permettre de relativiser une défaite ou de fêter une victoire. » L’auteur du livre « Le match de football » (Editions de la Maison des sciences et de l’homme, ndlr) met aussi en avant l’intensité ressentie par les supporters : « Un match de foot, c’est une expérience corporelle. Les fans éprouvent des émotions avant, pendant et après la rencontre. Certains, dorment mal la veille, stressent et s’alimentent différemment à l’approche d’un match de leur équipe. Dans les tribunes, leur agitation nerveuse s’exprime par l’expression de la colère, du bonheur ou de la tristesse. Certains transpirent, d’autres ont les jambes coupées, sur certains visages quelques larmes se dévoilent. »

Christian Bromberger, lors d'un conférence donné à l'INSEP

Christian Bromberger, sociologue, lors d’un conférence donnée à l’INSEP en avril 2014

Des émotions qui, selon l’anthropologue, sont petit à petit vouées à disparaître au dépend d’une volonté de diminuer les facteurs  aléatoires dans les rencontres sportives. « Les enjeux financiers sont énormes pour les clubs. Le facteur chance tente donc d’être contrôlé au maximum. » Et plus les clubs sont riches, plus ils ont la possibilité de le faire. Les meilleurs joueurs sont ainsi recrutés dans les meilleures équipes. Les équipes qu’elles rencontrent n’ont souvent pas les armes pour lutter contre l’artillerie lourde proposée par les clubs majeurs. Ainsi, les résultats de ces rencontres sont quasiment annoncés avant même d’êtres jouées. Le suspense sportif en est donc réduit aux grands clubs. Heureusement, le sport restant du sport, quelques surprises voient le jour et une fois de temps en temps David envoie Goliath au tapis.

Pour le sociologue, les avancées technologiques seraient aussi un moyen de pallier au caractère aléatoire des rencontres sportives. « L’arbitrage vidéo met fin à tout débat, alors que la discussion, c’est l’essence même de la vie. Quand une équipe perd, la chute est plus difficile. Plus question de relativiser ou de déplacer la faute. Les joueurs et les spectateurs prennent conscience qu’ils sont les seuls responsables de leur échec. » Plus de gris sur les terrains de football. Désormais il faut choisir son camp : noir ou blanc.

« Paye, assieds toi et tais toi »

Les premières victimes de cette chasse à l’aléatoire, ne sont autres que les supporters. Comment vibrer lorsque l’on va voir un match en en connaissant déjà son issue ? Comment s’identifier à une équipe qui change tous les ans voire tous les six mois ?

Parc des princes Crédit Photo : L'Equipe/Pierre Lahalle

Parc des princes
Crédit Photo : L’Equipe/Pierre Lahalle

Au fil des années, le rôle du spectateur dans le stade a changé. Principale source de revenu dans les années 80, la billetterie représente seulement 1% du budget d’un club aujourd’hui. Insignifiant. Et cela se ressent. Alors que les supporters faisaient partie intégrante de la vie du club, ils en sont aujourd’hui exclus : entraînements fermés, rencontres joueurs-supporters inexistantes… « Le spectateur est dépossédé de sa part de supportarisme, explique Bromberger. Dans un stade tout est sous contrôle. On assiste a une nouvelle politique d’encadrement des supporters : ‘le tout assis’. Ainsi, une nouvelle devise des organisateurs et des clubs a vu le jour : ‘paye, assieds toi et tais toi’. »

« Tais toi ». Il est loin le temps des stades colorés aux sons folkloriques et farfelus. Le temps où l’on entendait des bruits sortis tout droit d’instruments artisanaux, fabriqués avec entrain. Dans les stades, cornemuses, assiettes en cartons, vieilles casseroles, tout était prétexte à se faire entendre. Les répertoires vocaux aussi variés qu’originaux étaient repris en chœur. « Nous entrons dans une forme de transition vers un spectacle aseptisé qui prive le public d’une participation active. C’est comme si on lui supprimait son rôle de douzième homme (statistiquement les équipes gagnent plus à domicile qu’à l’extérieur). Le côté coloré des tribunes est aussi en train de disparaître, la réglementation limite le pouvoir des supporters. Ainsi, en Italie, les banderoles sont interdites dans les stades. »

Parmi les autres grandes mutations observées par Christian Bromberger dans les enceintes footballistiques : la masculinisation des gradins. Les filles se font de plus en plus rares, excepté pendant la Coupe du monde. L’événement sportif le plus regardé au monde fédère les foules. Avec 700 millions de téléspectateurs à travers le monde l’édition brésilienne 2014 a battu tous les records d’audience. Au fil des évolutions, le football ne cesse cependant de cristalliser les foules et de faire rêver.

Méryll Boulangeat @Meryll_B

Propos recueillis à l’occasion de la conférence des Mardis du Master du 8 avril 2014 à l’INSEP.

 

 

 

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2431 mètres

Deux heures du matin. Mis à part le cristallier qui dort à poings fermés, le refuge s’est vidé. Chloé, la gardienne, nettoie les restes de petits déjeuners précoces. Plus bas, sur le glacier, on aperçoit quelques lumières d’alpinistes matinaux. Le ciel démesurément étoilé et le silence qui y règnent dégagent une atmosphère presque magique, hors du temps, féérique. Un seul détail ramène à la réalité : le froid. Il est bien présent. Petit à petit il s’incruste, parcoure la totalité du corps. Mais il est pur, presque agréable, car unique. En montagne, le froid est différent.

Les Grandes Jorasses entre couché de soleil et levé de lune

Les Grandes Jorasses entre couché de soleil et levé de lune

La veille, le petit refuge de Leschaux était en ébullition. Après une saison compliquée pour les alpinistes, les derniers beaux jours d’été sont optimisés. Tous se précipitent en montagne, à l’assaut de voies extrêmes qui les font tant vibrer. Ici, c’est la face nord des Grandes Jorasses, dans le massif du Mont Blanc, qui est convoitée. « Comme beaucoup d’alpinistes, j’entretiens un rapport particulier avec cette face nord qui porte en elle l’histoire de l’alpinisme. Chaque voie est un beau voyage, raconte l’alpiniste Morgan Baduel. Elles sont comme les pages d’un livre à dévorer. Cet univers radical nous pousse dans nos retranchements, nous met à nu. Toutes ces lignes bercent l’imaginaire, les peurs, les aspirations. »

Pendant l'ascencion

Eliot pris en photo par son ami Morgan Baduel pendant l’ascencion                                                                                                CP/Morgan Baduel

En rouge, le chemin emprunté par les alpinistes pour atteindre le sommet. cette voie se nomme le "Colton".

En rouge, le chemin emprunté par les alpinistes pour atteindre le sommet. cette voie se nomme le « Colton Mc Intyre ».  CP/Morgan Baduel

Une petite trentaine de personnes est venue passer la nuit dans le refuge avant de se lancer à la conquête de leur objectif. « C’est la première fois que je fais cette voie, se réjouit Guilia, une alpiniste Italienne. » Dans le refuge, peu de place aux femmes. Elles ne sont que trois. Et quand on voit la face qui se dresse devant ces petites nanas, on comprend mieux pourquoi. Guilia est une skieuse et une alpiniste expérimentée : « J’ai fait beaucoup de ski, notamment en freeride, puis de l’escalade et de la cascade de glace. Petit à petit ces expériences m’ont conduites à l’alpinisme. »

glacier

Pour arriver au refuge, les alpinistes sont partis de la célèbre station Haute-Savoyarde, Chamonix. Ils ont pris un train, descendus des échelles verticales fixées dans la roche, emprunté une mer de glace avant de rejoindre le glacier de Leschaux pour finir par de nouvelles échelles acrobatiques menant au refuge perché. Un parcours du combattant ? Une formalité pour ces aventuriers des temps modernes. Rejoindre le refuge n’étant qu’une marche d’approche tellement anodine face à l’objectif fixé.

Un petit moment de calme face aux montagnes

Après (et surtout avant) l’effort, le réconfort d’un panorama magnifique

Une fois au refuge, les alpinistes profitent des derniers rayons du soleil et préparent leur voie du lendemain

Une fois au refuge, les alpinistes profitent des derniers rayons du soleil et repèrent leur itinéraire du lendemain

Arrivés au refuge, Chloé les attend. Avec son sourire et…son chat.

Pour effacer la sensation de solitude quand les alpinistes se font discrets, Chloé peut compter sur "Joras", son chat

Pour effacer la sensation de solitude quand les alpinistes se font discrets, Chloé peut compter sur « Joras », son chat.

matos

De mi juin à mi septembre, Chloé passe tout l’été à 2431 mètres d’altitude. Elle ne redescend que très rarement pour faire quelques courses et voir ses amis. Disons que les trois heures de marche ne lui facilitent pas la tâche.Deux fois par été, elle fait venir un hélicoptère qui lui livre des vivres. La gestion des stocks est très importante.

L'heure du repas. Un moment convivial. Au menu : soupe de légume et tomme de savoie, croziflette, gâteau à l'abricot.

L’heure du repas. Un moment convivial. Au menu : soupe de légume et tomme de savoie, croziflette, gâteau à l’abricot.

Sur place Chloé se sent privilégiée : « J’ai de la chance, j’ai beaucoup de confort ici. Je peux faire ma vaisselle et me laver à l’eau chaude. Je capte internet et même la télévision. Tout ça m’a bien aidé cet été car à cause des conditions, je n’ai pas vu grand monde jusqu’à maintenant. »

Chloé est seul maitre à bord de ce refuge métallique incrusté dans la falaise. Elle s’occupe des réservations, de la nourriture, des couchages et même du réveil. Ainsi, aujourd’hui, plusieurs réveils sont programmés dans la nuit. De minuit à deux heures du matin, elle passera sa tête de blondinette trois fois par la porte des dortoirs avec toujours cette petit voix : « Bonjour, il est minuit ! ».

Les dortoirs

Les dortoirs

Chloé dans sa cuisine

Chloé aux fourneaux

La nuit passée, le refuge vidé, elle se retrouve seule à nouveau. Pas le temps de flâner, il faut tout ranger, nettoyer et cuisiner pour accueillir au mieux ses hôtes d’un soir. La journée ne fait que commencer mais elle semble ne jamais se terminer. Parfois, elle se sent surmenée. Alors elle se pose, elle regarde les montagnes et se dit que pour rien au monde elle ne voudrait passer son été ailleurs.

cristal et montagnes

Méryll Boulangeat @Meryll_B

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