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Chaise de luxe à Roland Garros

Roland Garros 2014 Crédit Photo : Sam Gillet

Roland Garros 2014
Crédit Photo : Sam Gillet

11h22. Roland Garros, pendant les internationaux de France. Manuel Absolu, muni de son accréditation, dépasse la longue file de spectateurs massés devant l’entrée pour se faufiler dans l’enceinte sportive. Les terrains couleur sable de la capitale sont au cœur de l’actualité mondiale pendant deux semaines. Manuel Absolu, lui, est au cœur de l’événement : il est arbitre. A 22 ans il sillonne le monde, de chaises en chaises. Depuis cinq ans, son périple fait étape à Paris. « A l’approche de Roland Garros, je suis super excité. C’est une chance pour moi de pouvoir y participer. Je dors chez moi et le matin quand je me lève c’est pour aller arbitrer des matchs de Roland Garros. »

Manuel Absolu, arbitre à Roland Garros Crédit photo : Méryll Boulangeat

Manuel Absolu, arbitre à Roland Garros
Crédit photo : Méryll Boulangeat

Il est entre 21 heures et 23 heures la veille d’une journée de compétition quand tous les arbitres reçoivent un mail qui leur annonce si ils arbitreront ou pas le lendemain. Manuel a été convoqué pour cette journée. Il sait qu’il arbitrera la troisième rencontre. Mais il ne sait pas encore quel match ni sur quel court pour éviter les problèmes de corruption et de paris en ligne.

Quand il arrive dans l’enceinte sportive, Manuel applique toujours le même rituel. D’abord il va se changer dans un vestiaire situé dans les sous-sols du prestigieux court numéro 1. La tenue officielle des arbitres, grise estampillée Roland Garros, remplace une tenue jean-basket beaucoup plus discrète. Dans les allées, les arbitres se croisent, se saluent, se reconnaissent au milieu de la foule.

 

Roland Garros 2014 Crédit photo : MB

Roland Garros 2014
Crédit photo : MB

Une fois la tenue enfilée, Manuel rejoint la chambre d’appel, lieu de vie des arbitres. C’est ici qu’ils se retrouvent avant et après les matchs. Canapé, boissons, ordinateurs, télévisions. Tout est mis à leur disposition pour qu’ils se ressourcent et se reposent, loin de l’agitation qui règne dans les allées. Toutes les consignes partent de ce lieu. C’est d’ailleurs ce qu’est venu chercher Manuel auprès de son chef : des informations sur le déroulement de sa journée.

Il officiera sur le court numéro 10, un simple Messieurs. « Je suis content de mon match. Il y en a des plus sympa à arbitrer que d’autres et les simples Messieurs en font partis », analyse le quatrième plus jeune arbitre du tournoi de l’édition 2014. 

Roland Garros, entrée du cours numéro 10 Crédit photo : MB

Roland Garros, entrée du cours numéro 10
Crédit photo : MB

Pour un arbitre le problème le plus redouté vient du ciel. « La pluie, c’est le plus stressant, confie Manuel. Tu ne sais jamais à quel moment le match va s’interrompre. Je prends la décision en collaboration avec le juge-arbitre. C’est lui qui est chargé de superviser l’ensemble des matchs. Il a accès aux prévisions météorologiques à la seconde près. Sur le cours, j’ai une oreillette par laquelle nous communiquons dès que c’est nécessaire ». Une oreillette qui s’avère aussi utile dans d’autres circonstances : « quand les joueurs ont un besoin sur le cours, ils passent par moi. Cela peut être pour des boissons, un kiné, une serviette…La dernière fois, on m’a même demandé un plat de pâtes ! »

Avant un match, chaque arbitre se prépare différemment. Manuel, lui, se prépare dans le calme. « Je reste tranquille, je discute avec les autres et je regarde d’un coin de l’œil les matchs en cours. Deux ou trois jeux avant que le match qui se joue sur mon court puisse se terminer, je vais aux toilettes. Un match peut durer plusieurs heures et nous ne sommes pas censés interrompre la rencontre pour aller aux toilettes. Il faut donc faire très attention à son alimentation et à ce que l’on boit en amont.»

Avant chaque match chaque arbitre doit récupérer une étiquette. Ainsi, les organisateurs peuvent contrôler la présence des arbitres avant les débuts de parties.

Avant chaque match chaque arbitre doit récupérer une étiquette. Ainsi, les organisateurs peuvent contrôler la présence des arbitres avant les débuts de parties.

 

Avant chaque match, les arbitres vérifient les filets et les terrains Crédit photo : MB

Avant chaque match, les arbitres vérifient les filets et les terrains
Crédit photo : MB

Trois heures et un repas après son arrivé dans le stade, Manuel commence à arbitrer son match. « J’ai la boule au ventre mais je reste très concentré. Les enjeux sont énormes à Roland Garros pour les joueurs. Il ne faut pas faire d’erreurs. Tout est démultiplié. Et les conditions d’arbitrages aussi. Nous avons les meilleurs juges de lignes et les meilleurs ramasseurs de balles au monde. Nous avons tous les outils pour que tout se passe bien. » En début de quinzaine chaque arbitre se voit attribuer un coach. Un arbitre confirmé qui a pour but de conseiller, de faire le bilan de chaque match et d’évaluer en fin de tournoi son jeune poulain. C’est via ces notes et le mérite que les arbitres gravissent les échelons et finissent un jour par arbitrer sur des courts de légende à l’image du Central de Roland Garros.

Manuel Asolu pendant un match de Roland Garros Crédit photo : MB

Manuel Absolu pendant un match de Roland Garros
Crédit photo : MB

Une expérience que Manuel Absolu a eu l’occasion de vivre pour la première fois cette année lors d’un match d’exhibition. « Il y avait plus de 13 000 personnes. Pendant les changements de côtés il y a eu une ola qui a duré trois minutes. C’était un moment magique, un des plus beau de ma carrière d’arbitre. Tu es là, sur ta chaise, tu regardes la ola et tu profites… » Tout simplement.

Méryll Boulangeat

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Mieux comprendre les paralympiques

Les jeux paralympiques sont ouverts. Des disciplines et des athlètes qui, petit à petit, sortent de l’ombre. Ils deviennent, aux yeux du grand public, des sportifs à part entière. Pourtant, les règlements restent encore méconnus. Les règles peuvent paraîtres flous pour les spectateurs novices des sports paralympiques.

Comment des athlètes ayant un handicap différent  peuvent-t-ils être en concurrence directe. Certains sont-ils avantagés ? Un aveugle a-t-il moins de chance de s’imposer qu’une personne en fauteuil ? Un unijambiste qui skie sans sa jambe a-t-il les mêmes repères qu’un unijambiste amputé ? Essayons de décrypter les subtilités des différents handicaps. Prenons l’exemple du ski alpin.

Pour commencer, il faut savoir que les skieurs sont divisés en trois catégories : « les malvoyants », « les debouts » et « les assis ». Les sportifs s’exprimant debout ou en fauteuils sont plus nombreux que les malvoyants.

Ils évoluent tous sur le même parcours, les uns après les autres, mais figurent dans un classement différent. En descente, par exemple, il y aura trois médailles d’or pour les hommes, soit une par catégorie. Ce sont les malvoyants qui s’élancent en premier sur la piste, suivis des « debouts ». Les « assis » ferment la marche car leurs traces abîment un peu plus la piste.

Les choses se compliquent : chaque catégorie possède des sous catégories. Le IPC (Comité International Paralympique), composé de médecins et de kinésithérapeutes spécialisés, se réunit deux à trois fois par an pour redéfinir les différentes classifications médicales. De ces réunions, émane un tableau qui permet d’établir des coefficients de corrections.

En fonction de la hauteur de leurs handicaps, les sportifs se voient appliquer une pénalité sur leur temps réel effectué pendant la descente. Au final, tout le monde se retrouve sur le même pied d’égalité. En ski alpin, les coefficients sont directement multipliés par le temps réel. A la télévision, seuls les temps finaux, déjà modifiés, sont affichés, facilitant ainsi la compréhension du téléspectateur.

Tous les ans, le comité reçoit les nouveaux licenciés pour définir leur niveau de handicap. Un classement remis en question tous les deux à quatre ans puisque certains handicaps, comme la vue, peuvent évoluer.

LES MALVOYANTS

La première catégorie concerne les malvoyants. Ces sportifs sont accompagnés par un guide qui les précède. La réglementation prévoit une distance maximale à ne pas dépasser entre le l’athlète et son accompagnateur.  Il existe trois déclinaisons de personnes malvoyantes. Les premiers, les B1 (B pour « blind »), sont complètement aveugles. Ils sont guidés par la voix de leur éclaireur qui utilise un haut parleur.

Ensuite, il y a les B2 qui sont capables de distinguer quelques formes. Un de leur entraîneur image ce qu’ils perçoivent : « c’est un peu comme regarder Canal + en codé ». En plus de suivre la silhouette qui les précèdent, ils reçoivent des informations par une oreillette bluetooth.

Les B3 sont ceux qui voient le mieux. Ils distinguent mieux leur guide que les B2 mais sont aussi dotés d’une oreillette.

Français engagés dans cette catégorie : – Ski de fond : Thomas CLARION (B1) guidé par Julien BOURLA

 » LES DEBOUTS « 

Alors qu’il y a seulement trois déclinaisons de malvoyants, les « debouts » sont beaucoup plus nombreux. Pour faire simple, il y a les amputés et les hémiplégiques. Mais ce n’est pas si simple car les amputés ne peuvent pas tous évoluer avec la même pénalité. Les unijambistes ou amputés fémoral (LW2), ont moins d’équilibre que les skieurs amputés au niveau du tibia, qui ont une prothèse (LW4). De même, si un sportif est amputé d’un bras (LW6/8) ou des deux (LW5/7), les repères ne seront pas les mêmes. Le niveau de l’amputation est aussi pris en compte par l’IPC. Par exemple, si le handicap du skieur débute au coude ou à l’épaule, la pénalité sera différente.

Dernière précision : parmi les amputés, il y aussi les sportifs ayant une agénèse. Ils sont nés avec un organe en moins. Classés avec les amputés, ils sont plus habitués au handicap.

Les hémiplégiques sont eux aussi divisés en deux sous catégories (LW9/1 et LW9/2).

Français engagés dans cette catégorie : – Ski alpin : Vincent GAUTHIER-MANUEL (LW 6/8), Cédric AMAFROI-BROISAT (LW 4), Romain RIBOUD (LW 9/2), Solène JAMBAQUÉ (LW 9/2), Marie BOCHET (LW 6/8)  – Snowboard : Patrice BARATTERO, Cécile HERNANDEZ-CERVELLON – Biathlon : Benjamin DAVIET (LW2),

 » LES ASSIS « 

Cette catégorie concerne les paraplégiques et les sportifs amputés des deux membres inférieurs. Sur la piste, ils évoluent en fauteuil roulant (ou glissant) ! A l’image des malvoyants, ils sont divisés en trois déclinaisons. Cela dépend de la hauteur de la lésion. C’est la sangle abdominale qui délimite les différentes sous catégories. Il y a les sportifs qui n’ont aucunes sensations en dessous des abdominaux (LW10) et les paraplégiques incomplets au niveau abdominal (LW11). Dans la dernière déclinaison (LW12), on retrouve les paraplégiques amputés et ceux qui ont toutes leurs capacités abdominales. Parmi eux, certains sont capables de se tenir debout avec ou sans béquilles.

Français engagés : – Ski alpin : Frédéric FRANÇOIS (LW 11), Jean-Yves LEMEUR (LW 12), Cyril MORÉ (LW 12), Yohann TABERLET (LW 12) – Ski de fond : Romain ROSIQUE (LW 11)

Ils seront quinze français à Sotchi, neuf en ski alpin, quatre en ski nordique et deux en snowboard pour la première apparition de la discipline aux jeux paralympiques. Forte de six médailles, dont une en or, à Vancouver, la délégation française s’est fixée l’objectif de rapporter dix médailles dans nos montagnes.

Méryll Boulangeat

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