Une usine à la montagne

CP/MB

La voiture semble avoir roulé des heures dans le blanc Tyrol autrichien avant d’apercevoir le petit village de Mittersil. Depuis la route qui descend du col, le typique bourg d’environ 6 000 personnes, niché en fond de vallée, se distingue par son imposant clocher. Non loin de ce dernier trône un bâtiment tout aussi imposant : l’usine du groupe Tecnica. C’est dans cet édifice blanc, au fin fond des montagnes autrichiennes, que les skis Blizzards sont fabriqués depuis 1945. Conçus par Toni Arnsteiner, dans la petite menuiserie qui accueille désormais le service course réservé aux meilleurs skieurs du monde représentant la marque, les skis n’envisageaient pas un avenir aussi doré. Mr Arnsteiner avait pour seule ambition de se déplacer d’un village à un autre avec ses planches.

Thorsten Steiner et les premiers skis Blizzard

Dans les sous-sols de sa petite menuiserie artisanale il y avait à l’époque une fabrique de Schnaps, animée dès que les journées touchaient à leurs fins. La petite distillerie a disparue. La menuiserie a vu fleurir, au fil des années, un nouvel espace de travail bien plus spacieux. La démocratisation du ski a transformé le modeste atelier d’Arnsteiner le visionnaire, en une usine moderne qui produit aujourd’hui entre 350 000 et 400 000 paires de skis par an. « La majeur partie des skis fabriqués ici est envoyée aux Etats-Unis. Le reste de la production est principalement destiné au marché européen : Autriche, France et Italie en tête », explique Thorsten Steiner. Le responsable marketing Blizzard pour l’Autriche connaît bien la chanson : il accompagne environ un groupe par mois dans les couloirs de la « factory » autrichienne. Pour fouler le carrelage rouge de l’usine, un badge est indispensable.

Ne rentre pas qui veut dans les coulisses de cette machine à fabriquer des skis.

Des machines il y en a d’ailleurs partout. Du travail de la sérigraphie, en début de chaîne, jusqu’au pressage, ponçage, aiguisage, nettoyage, de la fin du cycle.

À l’image de pochoirs, les peintures et les détails présents sur les skis se font en plusieurs fois.CP/MB

Chaque modèle et chaque taille de ski possèdent leurs propres cadres. CP/MB

En cheminant à travers les différentes pièces qui jalonnent le parcours de la naissance d’un ski, on distingue des codes propres aux ouvriers qui répètent inlassablement les mêmes mouvements. Au sol, des lignes de couleurs. Jaunes, rouges, bleues, vertes. Chacune à sa signification. Le jaune marque les limites à ne pas enfreindre par les visiteurs. Le vert annonce un produit fini alors que le bleu pointe une action en cours et le rouge le début d’un processus. Au fil de la visite, les fortes odeurs de bois et de peinture se mêlent aux sourds bruits des machines. Dans les salles les plus exposées il n’y a que des hommes, gants aux bouts des doigts et boules Quies dans les oreilles. 220 personnes travaillent sur le site de Mittersil. L’usine est une manne indispensable pour le village.

L’asssemblage du ski est le poste le plus méticuleux de la chaîne de production. CP/MB.

Manuel travaille dans l’usine depuis 10 ans. CP/MB

Manuel, 28 ans, y exerce depuis 10 ans. Comme son père, le jeune blond aux cheveux longs a appris sur le tas. Aujourd’hui, il est chargé de l’assemblage des skis et du pressage. Le travail est minutieux. Si il se trompe d’un composant le ski ne sera pas bon. Concentré, il imbrique élément après élément à l’image d’un puzzle 3D, avant de passer le ski sous la presse. Il consacre entre 12 et 15 minutes par ski. Il lui a fallu deux mois et demi d’apprentissage pour maîtriser ce poste. « N’importe qui ne se retrouve pas à cette place, souligne Thorsten Steiner. Il faut être très méticuleux et concentré en permanence. La moindre erreur est irrécupérable.»

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Après un long parcours du combattant, le ski arrive en fin de chaîne. C’est le verdict. Deux gros costauds, visage aussi fermés que concentrés, testent les flexs (souplesse) et observent leurs finitions. Chaque ski est différent : « le composant principal reste le bois, explique Thorsten Steiner. Il y a donc quelques petites variantes au niveau du flex ».

CP/MB

Les deux grands costauds se transforment alors en agents matrimoniaux.

Ils confectionnent des paires sur le principe même du « qui se ressemble s’assemble ». Les âmes sœurs ainsi réunies peuvent foncer têtes baissées vers leurs destinées : les pentes enneigées. Alors que les skis fraîchement confectionnés partent explorer de nouvelles contrées, le discret village de Mittersil continue d’afficher sa particularité : celle d’avoir une usine à la montagne.

Par Méryll Boulangeat, à Mittersil (Autriche)

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