Vendée Globe : Une solitaire en équipe

Pendant une semaine, retrouvez, chaque jour un article sur le Vendée Globe. Découvrez les coulisses de ce grand événement à travers des histoires, des acteurs et des hommes de l’ombre. Rencontre, aujourd’hui, avec les préparateurs de bateaux.

J-4 avant le départ. Les vas-et-viens se multiplient sur les bateaux de course. Ici et là, les équipes s’affairent à peaufiner les derniers réglages. L’ultime ligne droite avant le verdict : quels bateaux franchiront la ligne d’arrivée ? L’histoire et les statistiques racontent qu’en moyenne un bateau sur deux n’arrivera pas au bout suite à des pannes, des casses et des accidents de parcours.

Pour pallier à ces imprévus, les skippers ne sont pas seuls.

Toute une équipe est à leur disposition durant les mois qui précèdent le départ des compétiteurs. Depuis deux semaines et demi les chantiers de tous les skippers ont été délocalisés aux Sables d’Olonne. Loin de l’agitation des pontons ouverts au public, les équipes techniques se retrouvent dans la zone qui leur est réservée. Le calme qui y règne contraste avec le brouhaha et les allées venues incessants qui entourent les bateaux de course. Certaines équipes ont apporté leurs containers ou leurs véhicules aménagés en atelier, d’autres en ont loués sur place. Selon les équipes, les différences sont frappantes : les budgets se reflètent à travers les ateliers disposés sur la zone.

Le skipper, Thomas Ruyant, avec son équipe de préparateurs, dans leur ateliers lors des dernières phases de préparation.

La taille des équipages aussi varie en fonction des porteurs de projets. Quatre techniciens pour les plus petites équipes à vingt personnes pour les plus grosses. Gilles Campan, alias Panpan, est boat captain (responsable technique et navigation) du bateau japonais de Kojiro Shiraishi. À la fois technicien et marin, celui qui a déjà travaillé sur trois éditions du Vendée Globe s’appuie sur quatre autres spécialistes pour préparer le bateau à subir les tempêtes des mers du monde. « Depuis le mois d’avril nous travaillons tous les jours sur le bateau pour qu’il soit prêt dimanche, explique-t-il. Toutes les pièces ont été démontées, inspectées, réparées ou remplacées et remontées. Polyvalent, il faut être capable d’avoir une vision globale sur tous les aspects qui touchent le bateau.» Informatique, électricité, électronique, hydraulique, voilerie, matelotage, tout doit être vérifié et maîtrisé avant le départ. « Il faut anticiper, penser à tous les scénarios possibles pour être capable de pallier aux défaillances. C’est ce qui fait le charme du Vendée Globe, tu ne sais jamais ce qui va se passer à l’avance », sourit-il.

Quelques places de port plus loin, Philippe Cairo s’affaire avec son équipe et son fils sur le voilier de Romain Attanasio. Lui aussi, comme la majorité des techniciens, fait partie des incontournables du Vendée Globe. Trois éditions, et des tonnes d’histoires à raconter à son actif aux côtés d’Ellen Mc Arthur (2000), d’Armel Le Cléac’h (2008) et de Jean-Pierre Dick (2012). Sur les pontons de la plus importante course de voile du monde, tout le monde se connaît. Les techniciens passent d’un bateau à un autre, partagent leurs connaissances, leurs compétences, leurs expériences. « C’est une belle aventure, confie Cairo que l’on surnomme Pipo. Quand on intègre une équipe, on intègre une petite famille. Plus l’équipe est restreinte et plus les liens sont forts. Plus qu’un travail, le Vendée Globe est une aventure humaine. La relation avec le skipper n’est plus jamais la même.»

Philippe Cairo, alias Pipo, peaufine les derniers préparatifs du bateau de Romain Attanasio.

À quelques jours du Vendée Globe, la pression monte sur les pontons. L’équipe termine les derniers réglages, « sur un bateau il y a toujours des choses à faire », confie Marine Viau du projet Imagine, une des rares filles à faire partie de l’équipe des préparateurs. Le départ se rapproche, la « jobliste » s’épure. « Dans la phase finale nous remplissons le bateau avec les sacs de nourriture, l’outillage et le spare », explique Campan. Le spare, ce sont les pièces de rechanges et de secours pour pallier aux problèmes qui surviennent tout au long de la traversée. Les équipages préparent des listes, plastifiées, sur lesquelles tout le matériel embarqué est répertorié. En cas de problème, le skipper contacte ses préparateurs pour savoir où sont rangés les pièces et les outils dont il a besoin. Une fois les bateaux au large, les techniciens restent sur le qui vive. Connectés à leurs téléphones, leurs ordinateurs portables, ils vivent eux aussi au rythme du vent et des vagues, suivent chaque mouvement de leur protégé et du bateau sur internet.

En attendant le départ, une petite paranoïa s’installe sur les pontons du Vendée Globe et dans la tête de tous ceux qui ont passé leurs derniers mois à bichonner ces voiliers de compétition : « Qu’est-ce qu’on a bien pu oublier ? Est-ce qu’on a bien tout vérifié ? » Encore et encore, jusqu’à la dernière minute, ils tournent sur le bateau, l’observe, le scrute, à la recherche du moindre détail qui pourrait leur avoir échappé. « Parfois on en rêve même la nuit », s’amuse Campan. « Il faut sortir du bateau, puis revenir pour avoir un autre point de vue. Et puis, toujours douter un peu pour ne rien louper », continue Cairo.

Le moment arrivé, les préparateurs devront quitter le bateau, laisser le skipper voler de ses propres ailes. « Enfin », disent-ils tous avec, déjà, une petite pointe de nostalgie dans la voix. «On s’attache au bateau, confie Cairo. On fini par les aimer comme des vieilles bagnoles».

Leur tâche terminée, ils les regarderont, au loin, voguer sur les eaux du monde entier avec l’espoir avoué de les voir franchir la ligne d’arrivée entiers. Là, seulement là, leur mission sera accomplie.

Méryll Boulangeat

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Lisez aussi : Le ponton d’en face et Rêve de marins

 

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