Pierra Menta #3 : « La sieste ? Ce ne sera pas pour aujourd’hui ! »

Laetitia Roux, quinze fois championne du monde de ski-alpinisme, nous fait découvrir, au jour le jour, les coulisses de la mythique Pierra Menta. Encore victorieuse de l’étape d’aujourd’hui, elle raconte sa journée marathon, sur les skis et en dehors.

Crédit photo/Jocelyn Chavy

Crédit photo/Jocelyn Chavy

« Le départ de l’étape d’aujourd’hui était assez stratégique, comme souvent. Nous sommes partis en masse en direction de la première montée. L’idée est de se décrocher rapidement du peloton pour ne pas être coincés sur les parties techniques. Au départ la piste est large et damée. Tout le monde peut se frayer une place. Puis nous arrivons en zone hors pistes où il y a seulement deux traces. C’est la partie la plus technique avec des conversions et de la neige qui glisse sous le pied. Les garçons sont plus rapides sur le sprint du départ mais certains pêchent sur ces zones. Cela peut entraîner quelques « bouchons ». Dans ces cas là, c’est la queue leu-leu : Impossible de doubler. Il faut se bouger les fesses dès le début pour éviter d’être au milieu du peloton et de ces embouteillages ! La première montée est arrivée rapidement. Elle était longue et difficile. J’avais froid aux mains et j’ai commencé à faire un début d’hypoglycémie. Sensation difficile à expliquer. Tu sens que tu perds de l’énergie. Il faut manger rapidement. Quand c’est trop tard, c’est trop tard. Le froid avait tout gelé : l’eau et les gels énergétiques étaient tous durs. Impossible de se ravitailler dans la première montée. L’effort était trop intense et il ne fallait pas perdre de temps sur cette partie. J’ai pris sur moi. Dès la première descente les écarts se sont creusés. J’ai profité de la deuxième grimpée pour mettre ma gourde dans ma combine, histoire de réchauffer la boisson énergétique. Et puis j’ai « croqué » dans mon gel énergétique ! J’ai repris des forces, nous avons fini par trouver notre rythme. La suite s’est bien passée, nous n’avons pas vu nos concurrentes revenir. Au final, nous avons doublé notre avance d’hier. Une bonne chose pour la suite. Une fois la ligne d’arrivée franchie, je n’ai pas fini mon parcours du combattant. À peine le temps de manger quelques graines que j’enchaîne les interviews. En suite, pas question de ne pas passer un peu de temps avec ma famille et mes amis qui ont fait le déplacement. Un petit tour auprès des partenaires et c’est enfin le moment de prendre une douche. Un peu de répit dans cette journée chargée. Autre moment indispensable à la recharge de mes batteries : Le déjeuner. D’habitude, j’enchaîne avec une séance de Compex (electrostimulateur, ndlr) et une sieste réparatrice. Mais aujourd’hui, les choses en ont décidé autrement. Toc, toc, toc. Les petites mains qui luttent contre le dopage des sportifs tapent à ma porte : Contrôles urinaires et sanguins inopinés. Le deuxième en deux semaines. La sieste ? Ce ne sera pas pour aujourd’hui ! C’est un peu frustrant mais nous savons que ça fait partie du jeu. À la place, direction la salle de soins pour retrouver notre kiné de l’équipe de France, Danny, pour un massage.

Laetitia Roux récupère entre les mains du kiné de l'équipe fédéral.

Laetitia Roux récupère entre les mains du kiné de l’équipe fédéral.

Une récupération de courte durée avant d’enchaîner deux heures d’interviews. Puis c’est le moment de découvrir le profil de l’étape de demain lors du débriefing. Pas beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui mais un peu plus long. Après le diner et avant de me coucher, il me reste encore une étape importante : La préparation du matériel.

Chaque jour, les coureurs fartent leurs peaux pour augmenter la capacité de glisse lors de la montée.

Chaque jour, les coureurs fartent leurs peaux pour augmenter la capacité de glisse lors de la montée.

C’est important que tout soit parfait. À commencer par les skis qui sont fartés tous les soirs par le technicien de l’équipe de France. Sur une compétition comme la Pierra Menta je n’utilise qu’une paire de ski, comme le prévoit le règlement. De mon côté je farte les peaux de phoques pour faire en sorte que ça ne botte pas (que la neige ne colle pas sur les peaux quand elles sont humides, ndlr). Cela permet d’avoir une meilleure glisse à la montée. Je prépare ensuite mon sac à dos que je porte pendant toute la course. Il pèse environ 700 grammes. À l’intérieur, le matériel obligatoire : Pelle, sonde, couches protectrices (sur-pantalon, coupe-vent). Avec les températures basses du moment, nous devons aussi prévoir une couche thermique. Parfois les crampons sont obligatoires, mais pas demain. Et puis bien sûr, de quoi se réhydrater et pallier aux fringales passagères.

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Le sac est bouclé, les affaires sont prêtes. La journée se termine. Et demain, il faudra tout recommencer ! »

Propos recueillis par Méryll Boulangeat @Meryll_B

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Crédit photo/Jocelyn Chavy

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