Objectif Finisher

« Je ne me suis jamais senti aussi vivant. Je vais devenir un finisher. Je vois l’arche d’arrivée, le speaker dit mon nom, mes potes sautent et gesticulent. Je suis dans un état second, une sorte de plénitude. Je touche le bonheur du doigt ». Ces mots sont ceux du coureur cycliste, Fred Azzolin après avoir bouclé la MB Race, l’an dernier. Avec 140 kilomètres de course et 7000 mètres de dénivelé dans le massif du Mont-Blanc, l’organisation a bien choisi son slogan : « la compétition de VTT la plus difficile au monde ». L’an dernier, seul 5% des participants ont franchi la ligne d’arrivée. Ce week-end, sous une chaleur qui s’annonce caniculaire, le défi sera de taille pour les 1 000 participants qui prendront le départ. L’enjeu : devenir un finisher. Arriver au bout coûte que coûte. Surpasser ses crampes, ses douleurs, ses doutes, ses baisses de moral. Apprendre à se connaître, à gérer son corps, ses émotions. C’est ce qui motive Danièle Troesch, cycliste professionnelle, adepte des compétitions longue durée. Elle est la seule femme à être arrivée à bout des 140 kilomètres lors de la dernière édition. « J’adore l’idée de passer des heures sur mon vélo. C’est avant tout un défi personnel, confie la Française. Avant de partir, je me demande toujours si je vais être capable d’arriver au bout, de pédaler pendant une douzaine d’heures. Mais je suis très têtue et quand je me fixe un objectif, je fais tout pour y arriver. »

« Quand je franchi la ligne d’arrivée, l’émotion est immense, l’ambiance et le public sont géniaux » Danièle Troesh, seule femme à l’arrivée.
CP/Hugo PAGET

Au fil des heures et des tours de pédales, les douleurs physiques apparaissent. « Tout le corps fait mal. Les jambes, les bras qui tirent dans les descentes et le dos qui est secoué. » Pour oublier les douleurs qui se font de plus en plus insistantes, Danièle Troesch a une technique : « Je focalise mon attention sur autre chose. C’est facile sur la MB Race car le paysage est magnifique. Je regarde les montagnes, le Mont-Blanc. Je me recentre sur ce qui se passe autour de moi, ce que la montagne a à m’offrir. Je me donne aussi des petits objectifs comme le prochain col ou le prochain plat sans penser à tout le chemin qu’il reste à parcourir. »

Pour Philippe Gandeboeuf, qui prendra le départ pour la troisième année, pédaler sur de longues distances permet de prendre le temps de penser, de faire ressurgir quelques souvenirs enfouis. « Il y a toujours plein de choses qui remontent, parfois j’ai même les larmes aux yeux. Et puis vient le moment où je me pose cette question : mais qu’est-ce-que je fais là ? Pourquoi je pédale ? » La réponse apparaît comme une évidence : « Je veux aller jusqu’au bout. Alors j’enclenche le mode « robot ». Je continue de pédaler, sans réfléchir. J’avance. »

Philippe Gandeboeuf n’a pas encore atteins les 140 kilomètres et vise, cette année encore, le pallier des 100 kilomètres (les cyclistes ont le choix entre 70, 100 ou 140 kilomètres, ndlr). Contrairement à son homologue féminine, il est sujet aux crampes. Pour le VTTistes français, c’est même devenu une phobie. « C’est vraiment ce qui me fait le plus peur dans ce type d’épreuve. Quand ça m’arrive, c’est souvent d’un seul coup. Pendant presque un quart d’heure, je ne peux plus bouger. Cette année, j’ai fait l’effort sur les étirements et je suis plus vigilant au niveau de l’alimentation. »

L’alimentation, une des clés du finisher. Danièle Troesch y accorde une importance considérable. « Dès le départ, même si la faim n’est pas présente, il faut s’alimenter et s’hydrater régulièrement. Souvent, il faut se forcer car je n’ai pas envie de manger. Mais à partir du moment où l’on ressent le besoin de boire ou de grignoter, c’est trop tard. Il faut être capable d’anticiper. »

Cette année, pour ajouter du piquant à l’épreuve, de fortes chaleurs sont annoncées. « Il faudra faire avec, prévient le cycliste originaire de la région parisienne. J’aurais une gourde exclusivement réservée à me mouiller la tête.»

Cette année encore, chaperonnés par le toit de l’Europe, les cyclistes passeront leur journée sur leur VTT. Pour les finishers, l’émotion sera forte avant de retomber dans les jours qui suivent…Jusqu’à l’année suivante. « Après ce genre d’épreuve qui demande beaucoup d’investissement, j’ai toujours un petit coup de blues. » Des petits coups de blues passagers pour la championne de France de VTT marathon qui passe peu de temps loin de son VTT.

Méryll Boulangeat  @Meryll_B

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CP/Guillaume Borga

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