Karaté : Au cœur de l’Open de Paris avec Kenji Grillon

Champion du monde en titre, Kenji Grillon était la tête d’affiche des moins de 84 kilos ce week-end, à l’Open de Paris. Les meilleurs compétiteurs mondiaux de la planète karaté étaient réunis pour l’évènement. Avec les championnats du monde et les championnats d’Europe, cette compétition fait partie des objectifs majeurs de l’année pour le Français. Retour sur une journée…compliquée.

 Samedi 11 janvier 2014, Stade Pierre de Coubertin, 12h30

Trois heures avant l’heure de son premier combat Kenji arrive au stade Pierre de Coubertin. Ici, la star c’est lui ! Champion du monde l’année dernière à Paris, il fait partie des favoris de la compétition. Il trône sur l’affiche officielle. Il connaît tout le monde, tout le monde le salue.

Arrivé en avance, il se « pose tranquille avec (sa) famille » dans les tribunes du stade, au milieu des spectateurs. Une manière de s’immerger petit à petit, de prendre la température des lieux. A ses côtés sa copine, son père, sa mère, son oncle, sa tante et des amis d’enfance. Bien qu’il y ait quelques échanges, l’ambiance n’est pas à la discussion. Le clan Grillon est calme. Tous les yeux sont rivés sur les tatamis où les combats des autres catégories s’enchaînent depuis 9 heures ce matin.

Kenji et ses proches dans les tribunes

Kenji et ses proches dans les tribunes

La famille de Kenji n’est pas néophyte dans les sports de combat. Avec des parents, un oncle et une copine qui ont pratiqué le karaté, le champion du monde bénéficie de conseils avisés de la part de son entourage. Sa maman et son frère ont un penchant pour le judo, sport également pratiqué par Kenji dans sa jeunesse. Pourtant pas question de parler karaté maintenant. Kenji entre petit à petit dans sa concentration.

En guise de coup de boost, il mâche des morceaux de canne à sucre fraîche. « Nous les lui avons ramenés de Guadeloupe. C’est de la canne à sucre de notre jardin », sourie sa tante.

Petit à petit Kenji entre dans sa bulle. Il a l’air ailleurs. Pour être totalement dans ce monde qui n’appartient qu’à lui, il met ses écouteurs sur les oreilles. Une barrière se crée entre ce qu’il voit et ce qu’il pense. L’esprit est entièrement focalisé sur la compétition. Seules quelques personnes arrivent à entrer dans sa bulle. Parmi eux, son préparateur physique de Sarcelles et tout le staff de l’équipe de France.

Pendant un moment, Kenji s’échappe des gradins. Il va chercher le tableau des poules qui ont été tirées au sort la veille. « C’est pas protocolaire comme sur une coupe du monde de foot, explique-t-il, tout est fait par ordinateur. Seuls les coachs ont accès à ce moment-là. »

Il va savoir qui il va affronter. Une fois le tableau en main, briefing avec Olivier, l’entraineur. Passage en revue des différents adversaires. « En fonction de l’adversaire la stratégie est différente. Il faut connaître leurs points forts mais aussi leurs points faibles. Dans le cas de Kenji, il faut qu’il montre tout de suite que c’est lui qui domine. »

Retour dans les gradins. Quelques enfants lui demandent des autographes. « On l’a reconnu tout de suite », raconte fièrement l’un d’eux. Un curieux s’arrête « c’est bien Kenji Grillon, hein ? ».

Kenji signe des autographes

Kenji signe des autographes

Et puis il est temps d’embrasser la famille et de rejoindre la salle d’entraînement.

14h20

A une heure du combat, Kenji rejoint la salle d’entrainement mise à la disposition des athlètes. Une salle, ou plutôt un petit gymnase, dans les sous-sols de Coubertin. Il y a du bruit, du monde, de l’agitation. Au centre de la pièce, un grand tapis bleu, ultra sollicité par les sportifs. Kenji se met à l’écart, dans un coin, au fond de la salle.

Il commence par marcher avant d’entreprendre un rituel d’échauffement bien à lui. Petit à petit il augmente son activité cardiaque. Tour à tour, les membres du staff le rejoignent. Il y a Olivier, l’entraineur de l’équipe de France, Mathieu son préparateur physique et Sébastien, le kiné.

Sur son visage, imperturbable, les traces d’une concentration sans faille. « Il a une démarche très pro, confesse Olivier. Il sait exactement ce qu’il fait. Il ne veut rien laisser au hasard. »

L’échauffement monte peu à peu en intensité. Olivier devient le sparring-partner de Kenji. Près d’une heure d’échauffement plus tard, il est temps pour Kenji de rejoindre l’arène.

Kenji et son entraineur Olivier pendant l'entrainement

Kenji et son entraineur Olivier pendant l’entrainement

15h20

Le premier combat de la journée est prévu dans 10 minutes. Dans le long couloir qui mène à l’entrée en piste des compétiteurs, c’est le parcours du combattant pour se frayer un chemin. L’étroit couloir est squatté de toutes parts par les sportifs, les entraineurs et les organisateurs. Kenji réussit à se trouver un coin un peu à l’écart du brouhaha et de l’agitation. Toujours à ses côtés Mathieu. Olivier, lui, fait des va-et-viens pour informer Kenji de l’organisation.

Kenji dans le couloir en attendant son entrée en piste

Kenji dans le couloir en attendant son entrée en piste

15h45

L’organisation a été chamboulée. Le combat de Kenji est décalé plus tard. Pas question pour autant de s’énerver dans le camp Grillon, il faut rester focaliser sur l’objectif. Retour à la salle d’échauffement. Et là, c’est une longue phase d’attente qui débute pour le champion du monde. Attendre, le casque sur les oreilles, la musique comme seule compagnie. Manger une mandarine, puis deux. S’étirer. Rester au calme. Allongé sur le tapis, les yeux fermés, il faut garder son énergie.

"Garder son énergie"

« Garder son énergie »

16h48

Petit à petit il faut remobiliser le corps. Pour la deuxième fois de la journée, Kenji effectue son rituel de préparation. Plus succinctement cette fois.

Olivier arrive : « c’est bon, tu peux y retourner ». Avant de se diriger vers le lieu de compétition Kenji sollicite à nouveau son entraineur. Pour répéter quelques mouvements.

17h17

Premier combat. Kenji entre en piste : kimono blanc, ceinture, mitaine, protège-pieds et protège-tibias rouges. Protège-dents en guise de sourire. Le début du combat est à son avantage jusqu’au moment où…Kenji tombe. A terre, il se tord de douleur. Son genou droit est sorti, il a entendu « un clac ». Sur le bord du tapis, les mots d’Olivier raisonnent « relève-toi, relève-toi ».

Kenji à terre, blessé au genou

Kenji à terre, blessé au genou

Kenji s’exécute, difficilement. Une personne du staff médicale entre en scène. Devant les spectateurs, il manipule son genou. Le combat reprend. Issue victorieuse pour le français.

17h30

Retour dans le couloir. Sébastien, le kiné, est présent. Il teste le genou de Kenji. « Ca devrait aller. Bouge un peu pour voir si ça tient », lui conseille-t-il. « Ca va, répond Kenji, je sens quand même une gêne ». Bombe de froid et gros strap sont nécessaires avant de retourner sur le tapis. Les tours s’enchaînent rapidement.

Sébastien teste le genou de Kenji

Sébastien teste le genou de Kenji

17h58

Deuxième combat de 3 minutes. Kenji le remporte. Sur le côté, son entraineur. Par ses cris, il guide Kenji du bord du tatami.

Combat

Combat

18h29

Quart de final contre un karatéka marocain. Le combat est serré. Résultat final 2 à 2. C’est aux juges de se prononcer sur l’issue du combat. Verdict : quatre drapeaux bleus se lèvent, Kenji a perdu. Il quitte l’arène…en boitant.

18h39

C’est à l’infirmerie que les rêves de victoires de Kenji finissent leur journée. Allongé, une poche de glace sur le genou, avec son staff il refait le match « il a dû voir que mon genou droit avait lâché au premier combat. Au corps à corps, il faisait que de taper dedans. J’avais trop mal ». Tout bascule, tout s’écroule. C’est le temps des questionnements : pourquoi moi ? Pourquoi ici ? Quand reprendre la compétition ?

Kenji à l'infirmerie, poche de glace sur le genou

Kenji à l’infirmerie, poche de glace sur le genou

Difficile pour autant de faire un diagnostic fiable, le genou est trop enflé. Sébastien le kiné penche pour « une lésion du ligament latéral externe » avant d’expliquer « l’œdème est trop important, on ne peut pas faire les tests. Demain on en saura plus ».

19h57

Après un moment isolé à l’infirmerie, de la glace, beaucoup de glace, un gros strap et une bonne douche,  Kenji est de retour aux affaires. Avec franchise et courage, il répond aux questions des journalistes.

20h09

C’est en boitant qu’il retourne là où sa journée a commencé…dans les tribunes, auprès des siens.

Méryll Boulangeat

Depuis Kenji a réalisé tous les tests nécessaires. Le verdict est tombé ce matin : rupture du ligament croisé antérieur. Sa saison est donc terminée. Je profite de cet article pour lui souhaiter un très bon rétablissement.

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3 réflexions sur “Karaté : Au cœur de l’Open de Paris avec Kenji Grillon

  1. henck blanckart beatrice dit :

    Bravo S’en pour ton super boulot avec Kenny et super bravo a Kenny …….grand champion malgré la douleur !!!

  2. henck blanckart beatrice dit :

    Bravo Sebastien …..

  3. OCTAVE SAVIER dit :

    Bon courage grand champion, j’attendais avec impatience de participer a ton stage chez Youcef a Levalois aujourd’hui je te souhaite un bon rétablissement

    OCTAVE SAVIER ÉLÈVE DE DAVID FÉLIX ,JAMAL, SEYDINA

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